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 d’ADHEOS

Depuis décembre, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) « exerce une action d’observation » sur les « stages » ou « séminaires » religieux censés « guérir » de l’homosexualité, dispensés en France.
 
La ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem a saisi la Mission du sujet fin octobre. Si cette saisine, selon le ministère et la Miviludes, « ne cible pas de religion » ni n’identifie de groupe, les activités de séminaires d’au moins une association sont surveillées en particulier.

En juillet, le séminaire de Torrents de vie.
 
L’été dernier, des associations de défense des lesbiennes, gays, bis et trans (LGBT) avaient averti de la tenue d’un séminaire religieux qui a, selon sa brochure (PDF), délivré l’enseignement de la « restauration du vrai féminin » et « du vrai masculin », « de saines amitiés avec les personnes du même sexe » ou « une saine hétérosexualité ».
 
Ce « séminaire de restauration et de formation », organisé du 15 au 21 juillet 2012 à Viviers en Ardèche, a été dispensé par l’association Torrents de vie France, née en 2007 à Avignon (Vaucluse), coordonnée par le pasteur Werner Loertscher et son épouse.
 
Les ministres Marisol Touraine et Najat Vallaud-Belkacem s’étaient indignées, cette dernière déclarant, avant d’annoncer son intention de saisir la Miviludes :
 
« Je dénonce toutes pratiques assimilant l’homosexualité à une maladie.Ces pratiques sont aussi ridicules que dangereuses car elles poussent les victimes dans une spirale d’autodestruction, qui peut aller jusqu’au suicide. »
 
Torrents de vie France et le mouvement « ex-gay » 
Sur son site, Torrents de vie France conseille des ouvrages de l’Américain Andy Comiskey – « ex-gay » et fondateur de Desert Stream Ministeries –, dont le témoignage constituerait « une authentique source d’espoir pour quiconque se débat avec des désirs homosexuels et aspire à s’en sortir ». Torrents de vie France serait affilié à ce mouvement chrétien, qu’a visé l’association de défense LGBT All Out à l’été 2012, après sa dissidence d’Exodus international, « organisation à l’origine de ces séminaires de guérison [qui] a avoué publiquement leur inutilité et leur danger ». 
« Torrents de vie France s’est éloignée de ces mouvements », dit Thierry Le Gall, porte-parole du Conseil national des évangéliques de France (Cnef), qui a rencontré le coordonnateur après la polémique. « Aujourd’hui, Torrents de vie France est en réflexion pour déposer une candidature au Cnef. »
 
 
L’« action d’observation » de la Miviludes
 
Interrogée particulièrement sur Torrents de vie France, la Miviludes indique que son président, Serge Blisko, a rencontré, au début de l’année 2013, le pasteur Werner Loertscher. Serge Blisko :
 
« C’est un rendez-vous que M. Loertscher avait sollicité. Il a essayé d’expliquer ce qu’il faisait, apportant des dépliants de Torrents de vie France. Ce sont des choses qu’on ne connaît pas bien en France, y compris dans des églises évangéliques. 
Nous lui avons expliqué que des “séminaires” ne peuvent donner lieu à des troubles, à l’ordre public évidemment, ou qui peuvent blesser des personnes. On a marqué notre réserve. »
 
 
Depuis, la Miviludes dit ne pas avoir reçu de signalements, de particuliers, d’associations, ou des préfectures – avec lesquelles elle travaille – sur Torrents de vie France ou sur ce type de « séminaires » en général, sur lesquels elle reste saisie.
 
« Un service de l’Eglise à l’Eglise »
 
Contacté par e-mail, le coordonnateur de Torrents de vie France dit refuser toute interview après avoir été « injustement » mis en cause « par les lobbies » et des accusations d’homophobie. Sans répondre sur l’actualité de ces séminaires, Werner Loertscher écrit :
 
« Nous sommes un service de l’Eglise à l’Eglise et nous travaillons dans la confidentialité garantie aux personnes qui suivent un stage ou un programme en toute sérénité. »
 
Sur le site de Torrents de vie France, dont la dernière actualité est un communiqué daté de juillet 2012, la page « Evénements » reste vide. Pour le père (catholique) Michel Martin, vicaire général du Diocèse de Viviers, qui a loué « six ans » ses locaux à Torrents de vie France, « l’affaire est close » :

« Etant donnés le contexte et les menaces des médias ou de certains groupes, nous avons été obligés de leur dire que nous ne pouvions plus les accueillir. »
 
« Les assos avaient demandé une enquête »
 
Le président de l’Association d’aide, de défense homosexuelle, pour l’égalité des orientations sexuelles (Adheos), Frédéric Hay, qui avait dénoncé l’initiative « cachée en Ardèche » (voir encadré), dit ne « pas avoir reçu de nouveaux signalements de ces pseudo-stages de guérison en France ». Mais il déplore :
« Au moment de la polémique, les associations avaient demandé aux pouvoirs publics une enquête pour répondre à ce genre de problèmes. Et la réponse se fait attendre, on n’a pas vu grand-chose arriver.
Or, lorsque quelqu’un fait des pseudo-stages pour “ guérir ” l’homosexualité, les pouvoirs publics doivent intervenir, soit avec l’arme antisecte, soit sous l’angle médical. »
 
 
En plus de la vigilance, une réflexion de santé publique est-elle menée sur le sujet ? Sollicité, le ministère de la Santé, qui doit suivre ce dossier avec la Miviludes, renvoie vers la Mission et la déclaration de Marisol Touraine l’été dernier.
 
Au Cnef : « Ce n’est pas une nouveauté »
 
Thierry Le Gall, porte-parole du Conseil national des évangéliques de France (Cnef), Conseil qui a assisté Torrents de vie France auprès de la Miviludes, raconte :
 
« Le pasteur n’a pas compris ce qui lui arrivait l’été dernier. Ce n’est pas une nouveauté. Il a démarré à Paris il y a une quinzaine d’années à Belleville. »
 
L’« accompagnement pastoral » vers l’hétérosexualité
Thierry Le Gall, du Cnef, pasteur pendant dix ans :
« Ce sont des entretiens avec le pasteur pour comprendre le parcours de la personne et ses besoins, afin de l’aider, si elle le souhaite, à revenir à des pratiques hétérosexuelles. Cela peut se faire à l’aide de temps de prière, de demande d’aide à Dieu, de recentrage des valeurs, de lecture de la Bible… Avec beaucoup d’écoute. »
 
 
 
Et d’assurer que la démarche – « d’accueillir des homosexuels qui veulent revenir vers l’hétérosexualité et souhaitent un accompagnement pastoral » – « est aussi légitime que celle des associations qui aident les homosexuels à vivre leur homosexualité » :
 
« Je n’utiliserai pas le terme de “ guérison ” parce que l’homosexualité n’est pas une maladie, c’est un choix, difficile à assumer pour certaines personnes, et qui peut poser un problème si profond que celles-ci souhaitent revenir à l’hétérosexualité. »
 
« Ni une maladie, ni un choix », oppose Frédéric Hay, d’Adheos, qui appuie :
« Nous avons à l’œil ces pseudo-stages, avec la fédération LGBT, notamment via la veille de mots-clés sur Google pour pouvoir réagir dès que quelque chose est publié. »