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 d’ADHEOS

Le neveu de l’emblématique Harvey Milk, qui poursuit le combat de son oncle pour les droits des LGBT, était il y a quelques jours de passage en Italie. Il évoque les obstacles encore nombreux vers une parfaite acceptation de l’homosexualité aux Etats-Unis.
 
A la tête de la Fondation Harvey Milk, Stuart Milk est le neveu du premier conseiller municipal ouvertement gay de la ville de San Francisco et militant de la première heure, interprété par Senn Penn dans le film du même nom. A l’occasion de son passage à Rome, où il est venu signer un partenariat avec le Gay Center de la ville, il revient sur la situation des LGBT aux Etats-Unis.
 
TÊTU: Quelles sont les failles aux Etats-Unis en matière de protection ou de reconnaissance de l’homosexualité?
Stuart Milk: Il y a une loi qui interdit au gouvernement fédéral d’autoriser le mariage gay, y compris dans les Etats qui l’ont déjà légalisé… Les homosexuels qui se marient n’ont donc aucune reconnaissance ni aucun droit de la part du gouvernement fédéral. Notre fondation demande à abolir cette loi, appelée «Defense of marriage act», mais ni le Congrès ni le Parlement n’y sont favorables alors Barack Obama tente de trouver d’autres moyens pour la combattre.
 
Mais le principal problème, c’est que la société américaine n’a pas changé d’avis sur l’homosexualité. A New York, les jeunes gays et lesbiennes ne représentent que 4% de la population. Pourtant, plus de la moitié des jeunes SDF sont homosexuels. Soit qu’ils aient quitté leur famille, soit qu’ils aient été mis dehors. Et là on ne peut pas simplement traiter les symptômes du problème, qui sont la drogue et la prostitution; il faut surtout s’assurer que les familles acceptent leurs enfants. On ne demande pas aux parents de défiler à la gay pride, mais il faut qu’ils arrêtent de mettre leurs enfants à la porte. Nous devons lutter pour que la société change à ce niveau-là.
 
Quelles différences voyez-vous entre l’Italie et les Etats-Unis, en ce qui concerne la défense des droits des homosexuels? Sachant qu’en Italie ils ne bénéficient d’aucune loi…
Aux Etats-Unis nous n’avons pas de loi contre les discriminations: si vous êtes ouvertement gay, on peut vous refuser un emploi ou une maison dans plus de la moitié du pays, car seuls certains Etats ont dit «non» aux discriminations. Seuls six Etats autorisent le mariage gay, et un nombre plus important les unions civiles, mais encore une fois cela ne concerne pas la majeure partie du pays.
 
En revanche, nous avons un Président qui défend très activement la communauté LGBT et qui s’oppose aux pays qui n’acceptent pas ou qui pénalisent l’homosexualité. Par exemple son ambassadeur au Pakistan, où l’homosexualité est punie d’une peine de prison, a organisé une gay pride dans l’enceinte de l’ambassade américaine. Et notre secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, a défendu lors d’un discours d’une heure les droits des homosexuels à la tribune des Nations-Unies.
 
Je pense qu’il ne faut pas comparer un pays à un autre mais voir ce qui, dans un pays, est bien, et le prendre comme exemple. Eh bien voilà, en ce moment aux Etats-Unis, nous avons des leaders qui accordent de l’importance aux droits LGBT au niveau mondial, pas seulement américain, et ce message n’a jamais été aussi fort. 

 
Peut-on comparer le poids de la religion en Italie et aux Etats-Unis? Est-ce que c’est un problème dans les deux pays?
Oui. Nous avons des extrémistes aux Etats-Unis. Ils perdent chaque jour du terrain mais ils sont toujours là, dans toutes les religions. J’aimerais voir plus souvent des gens comme la présidente argentine, Cristina Kirschner qui, pour répondre à la campagne de l’Eglise catholique pour combattre le mariage gay, a utilisé leur propre histoire: elle a expliqué comment, pendant 20 ans, les Argentins n’ont pas pu se marier en dehors de la religion catholique, donc les juifs ou les protestants étaient écartés. Elle leur a dit: «Voilà, à cette époque tout le monde savait que cette discrimination envers les non-catholiques était une erreur, eh bien nous savons aujourd’hui que celle envers les gays en est une aussi.» Le pays est à 90% catholique, ça fait deux ans que le mariage gay y est autorisé et, contrairement aux prédictions de certains membres de l’Eglise, le pays n’a pas été rayé de la surface de la terre!