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 d’ADHEOS

 Homos, athées, laïques et victimes d’abus sexuels protestaient hier à Berlin contre la visite du Pape Benoît XVI et contre son discours devant le Parlement allemand.
 
 Un cardinal déambule élégamment parmi les manifestants. Le post-it épinglé sur le costume rouge annonce la couleur: «Contre l’homophobie». «Je préfère rester incognito derrière mes lunettes de soleil pour éviter les représailles du Saint-Père!». Madame n’est pas la seule à s’esclaffer sous un costume d’ecclésiastique.

 
 
Parmi les 9.000 personnes selon la police – 15.000 selon les organisateurs – venues protester contre «la politique sexuelle misanthrope du pape», hier après-midi (lire article), nombreux sont les prêtres, évêques, papes et papesses. Une demi-douzaine de sœurs invitent à la danse avec tambours et maracas, plus loin une chorale de nonnes chante les abus de l’Église. Avec ses drapeaux arc-en-ciel, le cortège avait des airs de sage gay pride d’automne. 
 
«Bloc des invisibles»
«Pope go home!»: les messages sont clairs… ou créatifs: «Condom instead of Petersdom! (La basilique Saint-Pierre en allemand)» Heike Müller est elle déguisée en capote géante: «Normalement, j’utilise mon costume pour sensibiliser au port du préservatif», explique l’employée d’un centre de santé publique berlinois. «Cette fois, c’est contre l’interdiction du préservatif par l’église catholique que je le porte.»
 
Les organisations de gays et lesbiennes sont plus que largement représentées et pourtant, les associations de victimes d’abus sexuels perpétrés par des membres de l’église ne passent pas inaperçues. Dans les rangs du «bloc des invisibles», la retenue est de mise: derrière les masques blancs se cachent des personnes violées ces dernières années ainsi que des proches, solidaires. D’autres groupes demandent «excuses et dédommagements» pour les violences subies dans des internats catholiques pendant leur enfance. Une dizaine d’entre eux portent une nonne géante, armée d’une croix et d’une trique.
 
«Persécution»
La procession tarde à démarrer, les discours de protestation se succèdent. La théologienne Uta Ranke-Heinemann dénonce à tout vent «la persécution des homosexuels par l’église catholique depuis toujours» et évoque «les conséquences dramatiques de cette hostilité sexuelle». Deux prêtres catholiques suspendus pour avoir fait leur coming out prennent aussi le micro: ils sont venus de Cologne pour inviter les prêtres sous les ordres à faire connaître leur orientation sexuelle. 
 
Pendant ce temps, non loin de là, le pape tient son discours devant le Parlement allemand. Quelque 80 députés refuseront d’y assister, fidèles au principe de séparation de l’église et de l’Etat. David Berger, autre théologien suspendu pour ses orientations sexuelles (lire  article), a quant à lui décidé de contrer l’argument «Vous critiquez sans rien écouter!» En fin d’après-midi, il vient rapporter les propos du pape aux manifestants: le Saint-Père a adroitement fait l’éloge des mouvements écologiques allemands pour ensuite évoquer une «écologie de l’homme» et justifier une fois de plus au nom des lois de la nature le rejet de l’homosexualité. Ses propos retentissent devant la cathédrale Sainte-Edwige.
 
C’est devant l’église catholique la plus importante de Berlin que s’achève la manifestation. Un set de Marusha et une bonne dose de beats électro couvrent le bruit des hélicos tournoyant dans le ciel. Plus au sud de la ville, quelque deux cents raveurs ont pris le relais: «une petite musique de nuit» gronde devant la Nonciature où Benoît XVI est attendu pour la nuit. Le pape aura-t-il entendu le message?