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 d’ADHEOS

 Mariage d’amour, mariage symbole, en application rigoureuse de la loi, Elise et Stéphanie, autrefois Stéphane, se sont dit oui.
 
 Alors que le mariage entre personnes du même sexe n’est pas admis en France, en forme de "pied de nez militant" à la législation, deux femmes lesbiennes se sont mariées samedi à Nancy en toute légalité. C’est que d’un point de vue administratif, l’une d’entre elles, transgenre, est toujours considérée comme un homme par l’état civil…
  
"Il s’agit du premier mariage en France sur ce modèle-là", a souligné l’adjoint au maire de Nancy, membre du parti radical, Laurent Hénart, accueilli au club des élus qui tentent de faire bouger la loi par Noël Mamère. Le 5 juin 2004, ce dernier, maire de Bègles, avait défrayé la chronique en célébrant l’union de deux hommes, mais en appel puis en cassation, la justice avait annulé ce premier mariage homosexuel français.
 
Cette fois, la question ne se posait pas, puisque sur le papier l’une des deux promises, Stéphanie Nicot, 59 ans, qui a changé de sexe, s’appelle toujours Stéphane. Il y a quelques jours, d’un point de vue rigoureusement juridique, le procureur de la République de Nancy avait ainsi observé qu’il n’y avait pas de raison d’"empêcher un homme et une femme de se marier".
 
Se le tenant pour dit, Stéphanie et sa compagne Elise, 27 ans, se sont donc dit oui lors d’une cérémonie qualifiée de "très humaine, très humaniste" par André Rossinot, le maire de la ville qui a souligné que "la logique de ce mariage avait été celle de l’application républicaine de la loi".
 
Stéphanie et Elise ont à l’évidence voulu poser leur propre mariage comme "un symbole pour les millions de gays et lesbiennes qui aimeraient avoir les mêmes droits, pour que la France devienne un vrai pays républicain", mais au-delà du geste militant, elles ont exprimé à la presse leur "émotion" pour ce "qui se voulait un moment d’amour et de tendresse avec [leurs] proches".
 
Seule ombre au tableau, du point de vue de la témoin de mariage d’Elise, mais en cohérence avec l’application rigoureuse de la loi qui a permis aux deux femmes de se marier, l’adjoint au maire qui a uni les deux femmes a "appelé Stéphanie Nicot sous son ancien prénom masculin".
 
Pour être complet, il convient de préciser que si Stéphanie Nicot affirme avoir été opérée pour changer de sexe, elle s’est refusée à fournir à la justice les documents en attestant, d’où l’appellation de transgenre et non de transsexuelle, rien ne prouvant l’intervention chirurgicale. D’où aussi le fait que l’état-civil n’ait pas enregistré le changement.
 
"C’est une situation un peu folle" a commenté Stéphanie Nicot, expliquant que sur le fond, "le problème auquel [elle est] confrontée n’est pas résolu" en vertu d’une jurisprudence de la Cour de cassation remontant à 1992, au siècle dernier…
 
A ce jour, Mme Nicot qui s’est vue refuser un changement d’identité par la cour d’appel de Nancy attend l’issue de la procédure en cassation. Cependant l’un dans l’autre, elle se félicite de ces difficultés, car déclare-t-ellle : "Paradoxalement, en nous discriminant, on nous a fait le plus beau cadeau".
 
Sur ce point précis, l’adjoint au maire Laurent Hénart a estimé que "le vrai scandale, ça n’est pas que deux femmes se marient, c’est de voir que Stéphane est devenu Stéphanie et qu’il n’est toujours pas reconnu comme tel[le]. Ce mariage, c’est le drame des transgenres".
 
Avec le maire de Nancy André Rossinot, respectivement président d’honneur et numéro deux du Parti radical, ils ont clairement soutenu dans le passé les revendications d’un collectif LGBT lorrain qui réclame entre autres le droit au changement d’état-civil sur simple demande, l’ouverture du mariage, de l’adoption et de la procréation médicalement assistée pour tous les couples.
 
A noter : en 2005 à Rueil-Malmaison, dans les Hauts de Seine, un tel mariage avait déjà été envisagé, mais mobilisé par le maire de la ville, Patrick Ollier, actuel ministre des Relations avec le Parlement, le parquet de Nanterre, dénonçant "une provocation", s’y était opposé.