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 d’ADHEOS

Vendredi soir, dans l’émission "Ce soir (ou jamais !)", le politologue Thomas Guénolé s’est attaqué à "ces anti-racistes devenus racistes". Dans son viseur, Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République, présente également en plateau.
 
"Il y a plein de choses qui ont été dites depuis tout à l’heure donc je ne sais plus où j’en suis." C’est peut-être la seule affirmation avec laquelle on pourrait tomber d’accord avec Houria Bouteljda, lors de son passage sur le plateau de Ce soir (ou jamais !), le 18 mars. Une émission durant laquelle la fondatrice du Parti des Indigènes de la République a eu le plus grand mal à justifier ses prises de positions face au politologue Thomas Guenolé, bien décidé à faire la lumière sur la dérive racialiste d’une partie de la "gauche" anti-raciste. L’émission de Frédéric Taddeï, souvent décriée, a d’ailleurs cet avantage. En laissant à ses invités l’espace et le temps de poser leur réflexion, il permet souvent de faire tomber les masques.
 
Sur le plateau de France 2, on retrouvait donc Houria Bouteldja et Thomas Guénolé mais aussi la politiste Anastasia Colosimo, l’historien Emmanuel Debono, la vice-présidente de la Licra Sabrina Goldman, la présidente de l’association La brigade des mères Nadia Remadna, la civilisationniste et membre du collectif Marche des femmes pour la dignité Maboula Soumahoro, et le photographe Oliviero Toscani, tous réunis pour tenter de répondre à la question :" Où en est la lutte antiraciste ? A-t-elle échoué ?" Il fallait avant tout se demander ce qu’est devenue cette lutte antiraciste. Un début de réponse a été apporté par l’interpellation de Houria Bouteldja par Thomas Guenolé.
 
"Je pense que ce qui a changé, c’est qu’il y a une partie de l’antiracisme, et ça me fait beaucoup de peine de dire ça, qui est devenue raciste ! Je parle de vous madame Bouteldja", entame le politologue. S’en suivent deux minutes d’une démonstration implacable, illustrations à l’appui, du corpus idéologique de la porte-parole du PIR.
 
Guénolé montre tout d’abord une photographie sur laquelle apparaît Houria Bouteldja, pouce en l’air et sourire aux lèvres, à côté d’une pancarte où on peut lire "Les sionistes au goulag". Il commente : "Ca signifie au sens strict que les juifs favorables à l’existence d’Israël doivent être envoyés dans des camps de concentration".
 
Puis, la voix posée, il assène : "Par ailleurs vous êtes raciste madame !" et cite un passage du dernier livre de Houria Bouteldja Les blancs, les juifs et nous. Vers une politique de l’amour révolutionnaire (sic) : "La blanchité est une forteresse, tout blanc est bâtisseur de cette forteresse", y écrit la militante. Décryptage de Guénolé : "’Tout blanc’, c’est une généralisation fondée sur la couleur de la peau. La généralisation fondée sur la couleur de la peau, surtout pour un propos négatif, c’est du racisme madame".
 
Guénolé embraye sur la conception de la place de la femme par rapport à l’homme de Houria Bouteldja, dévoilée dans ce même livre avec cette citation : "Si une femme noire est violée par un noir, c’est compréhensible qu’elle ne porte pas plainte pour protéger la communauté noire". Et en matière de relations hommes-femmes, Houria Bouteldja, ne fait jamais dans la dentelle. En 2015, elle expliquait que "l’idéologie selon laquelle les couples mixtes, la rencontre entre deux cultures c’est beau, c’est pourri". Réplique de Thomas Guenolé : "Donc les noirs avec les noirs, les Arabes avec les Arabes, les blancs avec les blancs. D’un point de vue technique, pour suivre votre idée, il faudrait faire des lois raciales".
 
Dernier point cité par le politologue, le regard de Bouteldja sur l’homosexualité, expliqué dans son dernier ouvrage : "Comme chacun sait, la tarlouze n’est pas tout à fait un homme. Ainsi, l’Arabe qui perd sa puissance virile n’est plus un homme". Face à cet enchaînement implacable, Houria Bouteldja, les yeux rivés sur le sol, la mâchoire serrée, semble comme K.O.
 
C’est Maboula Soumahoro, membre de la Marche des femmes pour la dignité, association très proche du PIR, qui va venir à son secours. Elle valorise l’apport de Houria Bouteldja sur "les définitions qui sont proposées quand elle parle des indigènes, des femmes indigènes et des blancs. Il est important par honnêteté intellectuelle de parler de cette identité blanche. On ne parle des individus blancs, on parle d’un système qu’on peut dater à la période de l’entrée de l’Occident dans les Amériques qui a amené à la colonisation du continent américain puis africain."
 
Puis la réponse de Bouteldja vient. A la démonstration du politologue, elle rétorque : "Je ne vais pas m’étendre puisqu’une partie des citations de monsieur Guénolé sont parfaitement vraies et je les assume. Simplement il va falloir lire le livre pour se faire une idée de la précision avec laquelle j’utilise un certain nombre de concepts". Comme celui de "tarlouze" peut-être, ou du dégoût des couples mixtes sans doute.
 
Mais, pour saisir le fond idéologique de la porte-parole du PIR, il faut remonter un peu plus haut dans l’émission, lorsque Frédéric Taddeï demande à Bouteldja ce qu’est le racisme d’Etat à ses yeux. La militante n’y fait pas mystère de sa pensée et de son projet de société :
 
"Il y a le clivage de classe mais aussi le clivage de race. Le clivage de race est un clivage qui n’est pas assumé, ou ne veut pas être vu, au prétexte que la race n’existant pas, on ne peut pas s’attaquer… La race n’existant pas, on ne peut pas la faire exister… Voilà. On crée du racisme en pointant du doigt l’existence des races sociales qui sont en réalité un produit de l’Histoire et du pouvoir".
 
Le "on" ici, n’est pas un "on" général mais bien le "on" englobant les soutiens du PIR, sa porte-parole en tête, avec un objectif limpide : opérer au sein de la gauche "anti-raciste" la substitution du concept de la lutte des classes à celui de la lutte des races. En racialisant les luttes sociales quitte à "créer du racisme". Finie donc la solidarité de la classe laborieuse et la possibilité pour les exploités de s’unir autour de revendications sociales. Seul le combat racial prévaut. Un projet de société dont l’extrême-droite la plus radicale ne rougirait pas.
 
Les mots sont posés. L’objectif affiché. Ceux qui soutiennent encore le combat du PIR et de ses émanations ne pourront plus dire "je ne savais pas".