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 d’ADHEOS

Elle proclame que “Dieu n’a pas peur” des LGBT+. Transgenre, lesbienne, ex-guitariste de rock et autrice de romans policiers, Rachel Mann, révérende de l’église anglicane, revendique haut et fort son identité, jusque dans ses sermons.

Si les droits des transgenres se trouvent au coeur des “guerres culturelles” animant actuellement les débats intellectuels et politiques, Rachel Mann a une longue expérience du sujet. Cette Anglaise née homme a été la deuxième femme transgenre ordonnée par l’Eglise d’Angleterre, en 2005.

Aujourd’hui âgée de 52 ans, elle est chanoine honoraire à la cathédrale de Manchester (nord de l’Angleterre), doyenne régionale et membre du synode directeur de l’église. “J’ai brisé un plafond de verre et je pense que ce sera plus facile pour les suivants”, assure-t-elle à son domicile de Bury, dans le nord de l’Angleterre. Mais “les premières années, c’était très difficile d’ouvrir la porte de l’Eglise”, se rappelle-t-elle, une certaine émotion se lisant dans ses yeux bleus.

Si l’église anglicane se trouve plus ouverte que l’Eglise catholique sur les questions LGBT+, Rachel Mann raconte avoir été qualifiée d'”agent de Satan qui a infiltré l’Eglise pour la détruire de l’intérieur”, avoir reçu des insultes en ligne et même une menace de mort. Mais “je crois que Dieu n’a pas peur de nous”, alors “acceptez-nous, nous sommes là et nous n’avons pas l’intention de partir”, plaide-t-elle.

Hard rock 

Scolarisée dans une école religieuse de l’Angleterre rurale, elle raconte qu’à l’âge de 10 ans, elle priait déjà pour “se réveiller en tant que fille”. “Comme la transformation ne s’est pas produite, j’ai conclu que soit Dieu était méchant (…) soit qu’il n’existait pas”, dit-elle. Elle est devenue athée, a étudié la philosophie féministe à l’université, et a joué comme guitariste dans plusieurs groupes de hard rock, une époque ou elle a connu de “gros gros problèmes d’alcool et de drogues”.

Mais ses multiples tatouages, qui s’échappent de sa chemise portée avec un col blanc révélant sa fonction, une salopette noire et des chaussettes à motifs coeurs, ne datent pas de cette époque mais des dix dernières années. Sur le bras droit: “Nosce te ipsum” (“connais-toi toi-même” en latin) et une citation du poète William Blake écrite en sindarin, la langue imaginaire que l’on retrouve dans le roman fantastique “Le Seigneur des Anneaux”.

“Plafond violet”

Rachel Mann a enseigné la philosophie à l’université de Lancaster. C’est à l’âge de 26 ans, après avoir effectué sa transition, qu’elle a ressenti le besoin de prier, et elle considère aujourd’hui que seule l’acceptation de soi après sa transition lui a permis d’embrasser la foi. Son psychologue lui a assuré qu’elle redeviendrait rapidement un homme: “Dans son monde, on ne pouvait pas être chrétien et trans”. Malgré les difficultés, elle a été ordonnée un an après son amie Sarah Jones, première révérende transgenre d’Angleterre, elle-même ordonnée dix ans seulement après l’ordination des premières femmes en 1994.

L’Eglise savait que Rachel Mann était transgenre et l’acceptait. Mais, pour ne pas compliquer les choses, elle n’a pas dit qu’elle était dans une relation lesbienne, même si ce n’est pas condamné par l’Eglise d’Angleterre. “Personne ne savait” qu’elle était transgenre, assure-t-elle dans un rire malicieux et gêné. Jusqu’à ce qu’elle publie en 2012 l’autobiographie “Dazzling Darkness” (Des ténèbres éblouissantes). Depuis, elle a écrit d’autres livres, des recueils de poésie et un roman policier, “The Gospel of Eve”, qui se passe dans le milieu de l’église anglicane.

Désormais, elle se définit comme “une militante” qui “ne fait pas campagne”, bien que lorsqu’elle présente la messe sur la radio publique de la BBC, elle fasse référence à son identité transgenre, ce qui reste “très difficile pour certains auditeurs”. Elle prend aussi position publiquement, écrivant avec d’autres responsables religieux au Premier ministre Boris Johnson pour protester contre son refus d’inclure les transgenres dans une loi visant à interdire les thérapies de conversion qui prétendent modifier l’orientation sexuelle. C’est “épuisant d’être une pionnière”, commente Rachel Mann qui espère qu’un jour quelqu’un brisera le “plafond violet” d’une Eglise qui n’a pas encore nommé d’évêque LGBT+.