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 d’ADHEOS

Pour les départementales, le FN promettait des candidats irréprochables. A un mois du premier tour, ils sont pourtant nombreux à tenir des propos condamnables, notamment sur les réseaux sociaux.
 
Les dirigeants du FN ne cessent de le répéter : le Front national est « dédiabolisé ». Fini les saluts nazis, les militants de l’extrême droite radicale, antisémites ou islamophobes.
 
Le parti met en scène son intransigeance en excluant manu militari tous ses militants coupables de « dérapages ». Il a même monté en novembre dernier une équipe pour effacer les traces antisémites ou racistes des futurs candidats aux départementales.
 
Pourtant, en examinant le profil des 7 648 candidats frontistes pour les élections départementales de mars prochain et en lisant leur prose sur les réseaux sociaux, un constat s’impose : les personnages les plus radicaux y sont encore accueillis les bras ouverts.
 
Dix candidats investis par Marine Le Pen prouvent ainsi que la purge de l’extrême droite radicale au sein du FN n’est vraie qu’en façade. L’une d’entre eux, Frédericka Desaubliaux, a déjà été épinglée par la presse ; nos recherches nous ont permis de trouver neuf autres candidats : il y a ceux qui, jadis écartés, reviennent au bercail. Et puis d’autres qui répandent leur haine sur les réseaux sociaux en toute impunité.
 
Un royaliste sympathisant d’Action française
 
Le profil d’Antoine Ormain, candidat FN à Angers, est bien éloigné de la ligne officielle du parti. Royaliste assumé, ce catholique tendance intégriste est un sympathisant du groupuscule d’extrême droite Action française et ne cesse d’écrire sa haine des homos ou des musulmans sur les réseaux sociaux.
 
Déjà présent sur la liste FN des dernières élections municipales, celui qui se fait appeler Lys en fleur sur Twitter, assume être un « catholique intégriste » et veut selon le site antifasciste d’Angers une France principalement « blanche ».
 
Derrière ses posts Twitter ou Facebook, ses messages ont très souvent des relents antisémites ou racistes.
 
Par l’intermédiaire des comptes Twitter et Facebook Catholiquement incorrect, Antoine Ormain partage également ses idées homophobes et décide de ne pas dépublier un commentaire qualifiant les gays de « sous-hommes ».

Soutien à Dieudonné « pour la liberté »
 
Contacté par Rue89, Antoine Ormain, qui n’hésite pas à comparer le mariage homosexuel à la pédophilie ou à la zoophilie, assume ses positions :
 
« Le FN est un parti qui conjugue différentes branches, il n’y a pas qu’une ligne et heureusement que la branche identitaire peut exister aussi. 
J’estime par exemple qu’il y a le bien et le mal, qu’il n’y a pas de vérité relative. C’est pour cela que, selon moi, la gay pride contrevient au bien et n’a pas droit de cité dans l’espace public. »
 
Il ajoute aussi soutenir Dieudonné « pour la liberté d’expression » et regrette « ce business morbide » qui veut que l’on se serve de « l’antisémitisme pour faire pleurer dans les chaumières ».
 
Un proche de l’Œuvre française
 
A Toulon, le FN a misé, comme pour les élections municipales, sur Amaury Navarranne pour les départementales.
 
Cette confiance a de quoi surprendre puisque ce frontiste avait été évincé des cantonales en 2010 notamment parce qu’il défendait un ancien cadre fontiste viré pour ses propos homophobes et discriminatoires.
 
Très proche de Bruno Gollnisch, Amaury Navarranne l’est aussi du milieu nationaliste même si, à l’inverse
des autres candidats, il n’a jamais tenu des propos racistes ou homophobes.
 
Ce responsable FN dans le Var aurait été le bras droit du sulfureux Yvan Benedetti, le dirigeant de l’Œuvre française, un mouvement pétainiste dissous à l’été 2013 après la mort de Clément Méric.
 
Une relation étonnante alors que Marine Le Pen a formellement interdit que des membres du Front appartiennent à ce mouvement aujourd’hui dissous pour son « inspiration fasciste et néonazie ».
 
Et même si Amaury Navarranne nie sa proximité avec Benedetti (lui-même viré du FN pour avoir déclaré être « antisémite »), des preuves accablent ce candidat. En janvier 2012, les Anonymous avaient en effet piraté la boîte mail de ce mouvement et publié un courrier montrant que Navarranne organisait des camps d’été de Jeune nation, un site internet ouvertement raciste.
 
Joint par Rue89, Amaury Navarranne nuance :
 
« Oui, j’étais très proche d’Yvan Benedetti, mais dans le cadre du Front national, pas au sein de l’Œuvre française. Aujourd’hui, je ne le suis plus politiquement. Et je n’ai rien à vous dire sur mes relations personnelles. »
 
Le retour de ceux qui ont dérapé
 
Mais Navarranne n’est pas le seul banni du parti à être récupéré par Marine Le Pen.
 
C’est le cas par exemple de Danielle Le Gac qui avait expliqué que la proéminence du nez de Nicolas Sarkozy trahissant ses origines. Si la présidente du FN a désapprouvé cette sortie antisémite, elle a tout de même proposé à l’auteure de ces propos d’être candidate à Toulon.
 
Même indulgence pour Philippe Chevrier, candidat dans les Yvelines, qui a pourtant tenu des propos très violents contre la journaliste Caroline Fourest. Selon l’auteure de « Bienvenue au Front ! », Claire Checcaglini (éd. Jacob-Duvernet, février 2012), il déclarait en 2011 :
 
« Quand est-ce qu’on se l’emmène la Forrest ? On la met à poil, on l’attache à un arbre, on se la prend, on met des cagoules, on va avec la Fourest en forêt de Rambouillet et on la laisse. »
 
En 2011, le FN a suspendu et la justice mis en examen Jacques Coutela, un candidat dans l’Yonne aux cantonales, qui avait posté sur son blog un texte faisant l’apologie de l’auteur des attaques meurtrières d’Oslo, Anders Breivik. Pour lui, le terroriste était « résistant », « une icône », « le premier défenseur de l’Occident », ou encore un « Charles Martel 2 ». Il se présente dans le même canton en mars prochain.
 
« Des Beurettes et leur superviseur gaulois »
 
Et puis il y a les candidats qui n’hésitent pas à déverser leur haine sur les réseaux sociaux sans être au moins rappelés à l’ordre.
 
Cyril Bozonnet n’aime pas les musulmans et le fait savoir. Mais ses multiples écrits contre la communauté musulmane ne l’empêchent pas de concourir sous les couleurs du FN à Aulnay-sous-Bois.
 
Lorsque l’affaire Maxence Buttey (cet élu FN converti à l’islam) a divisé le parti, Bozonnet a ainsi estimé que la religion musulmane était incompatible avec des responsabilités au sein du Front national. Sur son compte Facebook, ses posts publics sont également très explicites. Il s’en prend ainsi aux « Beurettes qui papotent en arabe dès que leur superviseur gaulois [lui-même, ndlr] a le dos tourné ».
 
« Des Bougnoules cachés »
 
Yves Viannay, qui se présente à Angers, poste de nombreux messages d’insultes. Il semble obsédé par l’homosexualité et le sida.
 
Et quand il voit passer une photo d’Anne Hidalgo entourée de ses adjoints, Yves Viannay ne peut pas retenir le tweet raciste qui le démange.
 
« Leur pédophile Mahomet »
 
Dans cette liste vient s’ajouter la candidate FN de Dijon Frédericka Desaubliaux (déjà épinglée par la presse en 2014) et Chantal Clamer, qui se présente en Ariège.
 
Sur un forum politique, elle partage sa théorie en 2011 :
 
« Les Française de souche (donc les vrais Français) ne veulent pas de l’islam, ne veulent pas des musulmans. […] Pas question d’entendre l’appel à la prière pour vénérer leur pédophile Mahomet. » 
 
Chantal Clamer sait aussi varier ses attaques en n’oubliant pas de viser les homosexuelles.
 
Si l’opposition locale a exigé ce week-end l’exclusion de cette candidate, Thérèse Aliot, la responsable FN du département et… belle-mère de Marine Le Pen, refuse pour l’heure de condamner ces propos.
 
Le recensement de ces candidats au profil pour le moins controversé est loin d’être exhaustif. Ce lundi matin, Midi Libre rappelle les messages xénophobes d’Elie Quisefit, investi dans le canton de Narbonne. Il écrivait en 2012 :
 
« Et si on organisait plutôt des battues contre les Arabes, on sauverait peut-être la France. »
 
Après avoir exclu un candidat qui appelait à tuer des juifs vendredi, le Front national a rappelé qu’il n’accepterait aucun « propos à caractère discriminatoire ou xénophobe ».