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 d’ADHEOS

Accusé d’être "homosexuel", un jeune homme a été tabassé par un groupe de badauds dans un quartier du Caire mi-juin. Filmée par un passant, la vidéo a été largement diffusée sur les réseaux sociaux sans pour autant susciter l’indignation du public.
 
La scène se déroule jeudi 11 juin dans la rue huppée de Gameat el-Dowal au Caire. Un homme, cheveux longs, t-shirt et jean moulant, est encerclé par un groupe de jeunes. L’un d’eux l’attrape par la ceinture tandis qu’un autre lance : "non, non sur le côté. Pas devant les gens ". Le jeune homme est tiré vers le trottoir, puis l’un des agresseurs lui assène une gifle. Quelques secondes plus tard, le jeune homme est à terre, gémissant, alors que l’un de ses agresseurs l’empoigne fermement par le col.

"Comme si le fait qu’il soit gay le privait complètement de ses droits"
 
La scène a été filmée par un passant, Ahmad Sanad, qui a posté la vidéo sur sa page Facebook accompagnée d’un commentaire sur les circonstances de l’agression dont nous publions un extrait :
 
Cet homme d’apparence plutôt féminine se promenait dans les rues du Caire hier dans ‘El Gameat Dowal’ quand il a été attaqué à la fois verbalement et physiquement en raison de son apparence par un groupe de jeunes hommes, homophobes. Cet homme qui ne pouvait pas se défendre, a été frappé à plusieurs reprises par cette foule qui riait et se moquait de lui. Il a essayé de s’enfuir, mais aucun taxi ne s’est arrêté pour l’emmener. Les badauds ont également ignoré son calvaire, comme si le fait qu’il soit gay le privait complètement de ses droits en tant qu’humain. Ce post n’est même pas destinée à la défense des droits des homosexuels, mais les droits basiques de tout être humain (…). Si les personnes qui ont attaqué un chien ont été punies et emprisonnées; comment peut-on permettre qu’un tel abus soit toléré dans notre société?
 
L’homme qui a filmé la scène a indiqué sur sa page Facebook avoir tenté de lui porter secours, mais explique n’avoir rien pu faire face à une trentaine de personnes.
 
Il y a deux jours, Ahmad Sanad a supprimé la vidéo de sa timeline. Nous avons essayé de le contacter pour en savoir davantage sur cette agression, en vain.
 
"Si la police intervient, c’est pire"
Dalia Alfarghal, militante LGBT en Egypte.
 
J’ai essayé d’entrer en contact avec la personne qui a filmé la scène, parce que c’est le seul qui a essayé de le protéger. Il m’a répondu par email qu’il ne savait rien du sort de ce jeune homme. Il m’a juste dit que deux personnes l’avaient emmené sur une mobylette pour l’aider à se sauver. Mais en réalité, je ne sais pas ce qu’il lui est arrivé.
 
Certains médias disent que les autorités ont ouvert une enquête. Mais je doute fort que ce soit vrai. J’espère, en tout cas, que la police n’est pas intervenue, car si elle intervient c’est pire. Elle pourrait le violer, l’emprisonner.
 
Beaucoup de gens parmi la communauté LGBT que je connais personnellement m’ont déjà raconté avoir été agressés et violés, parfois à l’intérieur même du poste de police. Mais ils n’osent pas porter plainte, ou en parler publiquement. Ils ont peur, honte, car le regard de la société sur ces gens est empli de mépris. Personne ne va les défendre à part quelques militants des droits humains.
 
"Les LGBT sont traqués sur les réseaux sociaux"
 
Depuis plusieurs mois, la police mène une traque sans merci contre les LGBT, surtout en les piégeant sur les réseaux sociaux et les applications de rencontres sur les Smartphones.
 
Nous sommes par exemple en train de suivre l’affaire d’un jeune syrien qui a été piégé ainsi. Un officier de police lui a donné un faux rendez-vous amoureux sur une de ses applications et quand le jeune homme s’est rendu sur le lieu de la rencontre, des policiers l’ont attrapé et l’ont emmené en voiture au poste de police de Dokki [un quartier résidentiel du Caire]. Les services de médecine légale ont pratiqué un "test médical" sur son anus, censé détecter son homosexualité. Un test humiliant, un viol de son intimité. Nous avons en outre appris par un avocat que nous lui avons fourni que la police a établi un rapport l’accusant de "débauche", qui a été rapidement transféré au bureau du procureur. Il va donc passé en jugement prochainement. Nous sommes très inquiets pour ce jeune syrien qui est très vulnérable, car il a été accueilli en Égypte en tant que réfugié. Il est d’ailleurs enregistré auprès de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés.
 
Au même titre que les sympathisants de Frères musulmans qui sont devenus la tête de turc des autorités et des médias, les homosexuels sont livrés en pâture à la vindicte populaire. Les médias et le public se jettent sur tout ce qui touche à ces deux sujets.
 
Pour avoir une idée de l’ampleur de l’ambiance anti-gay qui règne ici, il n’y a qu’à voir le buzz qu’a suscité le reportage de la journaliste Mona Iraqi qui a filmé récemment une descente policière dans un hammam présenté comme un "repaire gay" au Caire, après l’avoir elle-même signalé à la police. Elle a filmé ces hommes à visage découvert sans vergogne, mettant leur vie et la vie de leurs familles en danger. Dans un pays qui se respecte, elle serait punie par la loi mais en Égypte, elle est applaudie.
 
La loi égyptienne n’interdit pas l’homosexualité. Plusieurs personnes ont toutefois été arrêtées lors de fêtes réunissant des homosexuels ces derniers mois et accusées de "débauche". En novembre dernier, huit hommes ont été condamnés à trois ans de prison avec travaux forcés après être apparus dans une vidéo de célébration d’un présumé mariage gay.
En mai 2014, quatre hommes ont été arrêtés lors d’une fête organisée dans un appartement à Nasr City, à l’est du Caire. L’un d’entre eux a été condamné à 12 ans d’emprisonnement, la sentence la plus lourde jamais prononcée contre un homosexuel en Égypte.