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 d’ADHEOS

La loi russe sur la "propagande gay" a un impact négatif sur les jeunes lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié le 11 décembre.
 
"Cette loi de 2013 a exacerbé l’hostilité que suscitent depuis longtemps les personnes LGBT de Russie et également limité l’accès des enfants à une éducation et des services d’aide adaptés aux LGBT, ce qui a des conséquences néfastes pour eux", estime l’organisation.
 
Le rapport de 92 pages, intitulé "Aucun soutien : La loi russe sur la ‘propagande gay’ met en danger les jeunes LGBT", analyse en quoi cette loi nuit profondément aux mineurs qui s’identifient comme LGBT.
 
Human Rights Watch a mené des entretiens avec des jeunes personnes LGBT et des professionnels de santé mentale en divers lieux de Russie, dans des zones urbaines aussi bien que rurales, afin de se pencher sur le vécu quotidien de ces mineurs, à l’école, à la maison et dans l’espace public, ainsi que sur la possibilité qui leur est offerte d’obtenir des informations fiables et précises sur eux-mêmes ainsi que des services de soutien, notamment psychologique.
 
"En les privant d’informations vitales, la loi russe sur la ‘propagande gay’ porte préjudice aux jeunes", a déclaré Michael Garcia Bochenek, conseiller juridique senior de la division Droits des enfants de Human Rights Watch. "Dans le contexte d’intense hostilité sociale où vivent les personnes LGBT en Russie, cette loi empêche les professionnels de santé mentale d’apporter un soutien psychologique aux enfants qui ont des questions sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre".
 
Appelée officiellement "loi visant à protéger l’enfance des informations portant atteinte aux valeurs familiales traditionnelles", la loi sur la "propagande gay" interdit de "faire la promotion des relations sexuelles non traditionnelles auprès des mineurs" – une référence universellement interprétée comme l’interdiction de donner accès aux enfants à des informations sur la vie des personnes LGBT. L’interdiction porte, entre autres, sur les informations transmises par la presse, la télévision, la radio et l’Internet.
 
La loi nuit directement aux enfants en les empêchant d’avoir accès à des informations essentielles et en favorisant la stigmatisation des mineurs LGBT et de leurs familles, a constaté Human Rights Watch.
 
La loi de 2013 a contribué à intensifier la stigmatisation, le harcèlement et la violence contre les personnes LGBT en Russie. Par ailleurs, elle a été utilisée pour fermer des services de référence proposant aux mineurs des informations et un soutien psychologique et pour décourager les groupes de soutien et les professionnels de santé mentale de travailler avec les enfants.
 
Elle a encore plus implanté l’hostilité envers les personnes LGBT et eu un effet intimidant sur les professionnels de santé mentale travaillant avec des jeunes LGBT, puisque certains psychologues rapportent qu’ils s’autocensurent pour aborder les questions d’orientation sexuelle et d’identité de genre.
 
La loi russe sur la "propagande gay" offre un exemple classique d’homophobie politique, a déclaré Human Rights Watch. Elle cible les minorités de genre et sexuelles vulnérables à des fins politiques.
 
Lorsque le président Vladimir Poutine a signé la loi fédérale en juin 2013, il a voulu flatter l’hostilité courante vis-à-vis des personnes LGBT. À travers cette loi, l’État russe donne clairement son aval à l’opinion erronée et discriminatoire selon laquelle les personnes LGBT menacent la tradition et la famille. Sur la scène internationale, la loi a aidé la Russie à se poser en champion des valeurs dites "traditionnelles".
 
La loi a été utilisée à de nombreuses reprises pour fermer Deti-404 (Enfants-404), un groupe en ligne qui offre un soutien psychologique, des conseils et une communauté d’internautes où les mineurs qui s’identifient comme LGBT peuvent se sentir en sécurité, notamment ceux qui ont subi des violences et des agressions en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre, réelle ou supposée.
 
La loi a également eu des effets insidieux dans le cadre clinique et psychologique. Des professionnels de santé mentale ont déclaré à Human Rights Watch que la loi nuisait à leur capacité d’offrir des services de soutien honnêtes, ouverts et scientifiquement exacts, poussant certains à s’autocensurer ou à émettre des avertissements explicites en début de séance.
 
La CEDH a jugé en 2017 que la loi violait la liberté d’expression et le droit de vivre sans discrimination, garantis par la Convention européenne des droits de l’homme, et qu’elle était effectivement néfaste pour les enfants.
 
"La loi sur la ‘propagande gay’ risque d’infliger des préjudices à long terme à des générations de jeunes Russes, en encourageant la discrimination et en limitant l’accès aux services d’aide", a conclu Michael Bochenek. "Cette loi ne protège personne, par contre elle coupe réellement les mineurs des services dont ils ont besoin pour s’épanouir, et même, dans certains cas, pour survivre". »