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 d’ADHEOS

Face à la progression de l’épidémie de monkeypox (ou variole du singe) en particulier parmi les hommes gays et bi, le ministre de la santé assure que le dispositif de vaccination mis en place est suffisamment dimensionné, avançant le chiffre de 250 000 personnes à protéger. Mais d’où vient celui-ci, et est-il vraiment à la mesure du problème ? Têtu· a enquêté.

“Parmi cette population cible de 250 000 personnes, nous avons la possibilité de vacciner tout le monde.”. Ces mots, rassurants, sont du ministre de la santé sur RTL ce mercredi 10 août. Mais d’où vient cet objectif chiffré, que François Braun n’a pas pris le temps d’expliquer, et qui peut paraître sous-estimé alors que la vaccination contre la variole dite du singe, ou monkeypox, est préconisée pour les hommes gays et bi multipartenaires ainsi que pour les travailleur-ses du sexe ?

Interrogée par Têtu·, la Haute autorité de santé (HAS), qui a pondu cette estimation de 250 000 personnes, renvoie vers le baromètre santé 2016, l’Enquête rapport au sexe (ERAS) de 2021, ainsi des données de population de l’Insee en France entière. Examinons tout cela…

250 000 personnes, un objectif sous-évalué ?

Prenons d’abord le baromètre santé 2016 : celui-ci évalue à 4,2% la proportion des hommes en France ayant eu une relation sexuelle avec un autre homme au cours de leur vie (soit 1,4 million d’hommes). Parmi eux, 2,3% ont eu une relation sexuelle avec un autre homme l’année précédant le sondage (soit 767 000 personnes). Quant à l’Insee, l’institut démographique a recensé en 2018 150 000 couples d’hommes. Enfin, l’enquête Rapport au sexe 2021 (ERAS) rapporte que 19% des hommes gays et bi interrogés ont eu plus de cinq partenaires dans les six derniers mois – soit 266 000 personnes : on se rapproche ici de l’objectif affiché par le gouvernement dans sa campagne de vaccination contre le monkeypox.

Mais d’autres données semblent indiquer que cette population cible est sous-estimée. Pour commencer, Grindr revendique 500 000 utilisateurs en France, et 412 000 rien qu’à Paris. A priori, potentiellement multipartenaires. Et quand on la lit en détail, l’enquête ERAS indique également que 48,8% des hommes interrogés déclarent ne pas être en relation stable. Elle estime en outre que 57,3% de l’ensemble des sondés fréquentent des lieux communautaires définis comme des bars, des saunas et backrooms. De quoi anticiper bien plus de 250 000 hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) multipartenaires, nombre qui se base sur ceux ayant eu cinq partenaires au cours des six derniers mois, ce qui exclut de fait de nombreuses personnes. Alors, par son estimation au doigt mouillé, le gouvernement ne pèche-t-il pas par optimisme ?

Le mystère du stock de vaccins monkeypox

Outre la question de la bonne évaluation de la population cible, l’efficacité du dispositif de vaccination dépendra évidemment d’un deuxième facteur clef : la disponibilité suffisante des vaccins. Or, là encore, le brouillard entretenu par l’exécutif ne permet pas de s’en assurer… “Le stock national de vaccins contre la variole est composé de vaccins de première, seconde et troisième génération”, détaille pour Têtu·la Direction générale de la santé (DGS). Mais, questionnée pour connaître la répartition du stock par génération, on nous oppose le secret.

Or Le Canard Enchaîné, qui a aussi enquêté, affirme que seules quelques centaines de milliers de doses sont, dans ce stock, de la troisième génération. Problème : les vaccins d’une génération inférieure ne sont pas recommandés pour injection. Concernant celui de deuxième génération, l’agence américaine en charge du suivi rappelle que ce vaccin est efficace, mais que ses effets secondaires sont importants. “Des complications de santé peuvent survenir après injection du vaccin et le risque des effets secondaires doit être mis en regard avec l’infection potentielle à la variole”, indique ainsi la FDA sur son site.

Des études cliniques font en effet état d’un risque de myocardites ou de péricardites dans un cas sur 175 – c’est beaucoup. D’autant que la FDA note qu’une personne vaccinée par ce produit peut même infecter, par accident, une personne qui ne le serait pas. Compte tenu de la dangerosité de la variole, cet accident pourrait être fatal à une personne immunodéprimée, ou à une femme enceinte. Enfin, ce vaccin de deuxième génération n’est pas conseillé pour les personnes vivant avec le VIH.

Il n’y aurait donc, selon nos confrères du Canard dans leur édition du 10 août, que quelques centaines de milliers de doses du vaccin troisième génération contre le monkeypox. Seront-elles suffisantes pour administrer deux doses à 250 000 personnes, et probablement plus si la sous-évaluation du gouvernement se confirme ? Il est permis d’en douter, à tout le moins d’exiger des autorités plus de transparence concernant la constitution et la gestion du stock disponible de vaccins. Quant au secret défense, il paraît de plus en plus décalé par rapport à la situation : nous ne sommes pas plongés dans une guerre bactériologique, mais bien dans une crise sanitaire.