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 d’ADHEOS

Vincent Peillon a souhaité débuter ce mois-ci la réflexion sur la lutte contre l’homophobie à l’école. Le ministre de l’Éducation nationale a demandé à Michel Teychenné, élu au conseil municipal de Pamiers et chargé, avec Gilles Bon-Maury, des questions LGBT pendant la campagne électorale de François Hollande, de lui remettre un rapport à ce sujet. Cette requête du ministre intervient alors que Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, présentera bientôt au Premier ministre son rapport sur la lutte contre l’homophobie et la transphobie en général.
 
Pas de collision entre ces deux rapports, assure Michel Teychenné à Yagg, puisque dans la lettre de mission qui lui a été adressée par Vincent Peillon, le ministre indique qu’il entend s’inscrire dans «le cadre des actions du gouvernement pour la lutte contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre». Il s’agirait donc pour l’élu de Pamiers de prolonger le travail accompli par Najat Vallaud-Belkacem et de l’appliquer spécifiquement à l’école. Le sujet de l’homophobie et de la transphobie à l’école englobe un grand nombre de problématiques et soulève diverses questions.
 
MANUELS SCOLAIRES
La ministre des Droits des femmes a déjà ouvert plusieurs pistes à ce sujet. Dans une interview accordée au magazine Têtu, elle estime par exemple qu’il faudrait «passer en revue» les manuels scolaires pour qu’on n’y dissimule plus l’orientation sexuelle de personnages historiques ou d’auteur-e-s LGBT. Elle a également salué le travail des associations qui interviennent en milieu scolaire pour sensibiliser les jeunes à l’homophobie en visitant un collège de la banlieue d’Orléans. Pour Michel Teychenné, la tâche consiste désormais à poursuivre sur cette lancée.
 
COLLABORATION ENTRE L’ÉDUCATION NATIONALE ET LES ASSOCIATIONS LGBT
Il devra notamment réfléchir aux modalités de collaboration entre l’Éducation nationale et les associations LGBT, «deux mondes qui se fréquentent peu», commente-t-il. Les bénévoles ont beau effectuer un travail reconnu comme essentiel, ils/elles ne peuvent intervenir dans un établissement scolaire que si celui-ci en formule la demande. Encore faut-il que le chef d’établissement y songe. De plus, ces interventions ont un coût, souvent assumé par les bénévoles. Le gouvernement leur accordera-t-il un coup de pouce financier?
 
«DÈS LA MATERNELLE»
L’âge à partir duquel les enfants seront sensibilisés à l’homophobie doit également être étudié. Il y a deux ans, le projet de diffusion du film Le Baiser de la lune à des enfants de CM1/CM2 avait suscité un tollé et amené le ministre de l’Éducation de l’époque, Luc Chatel, à déclarer qu’il était «prématuré» d’aborder ces questions avec des élèves aussi jeunes. Ces mêmes enfants sont pourtant sensibilisé-e-s au racisme ou au handicap, par exemple.
 
Michel Teychenné entend pour sa part «resituer les discriminations homophobes au sein des autres discriminations». «Il faut commencer très tôt l’éducation au vivre-ensemble, l’enseignement de l’acceptation de l’autre et la valorisation des différences. Ça commence dès la maternelle, avec des adaptations selon les âges», nous a-t-il expliqué. À cet égard, la formation des enseignant-e-s pour traiter de ces questions dans toutes les matières semble être un point incontournable. Dans certaines académies, c’est déjà le cas, mais cette politique sera-t-elle étendue sur tout le territoire?
 
PRÉVENTION DU SUICIDE
Vincent Peillon a spécifiquement demandé à Michel Teychenné de porter «une attention particulière à la prévention du suicide chez les jeunes LGBT». Les données statistiques à ce sujet manquent en France, mais l’élu de Pamiers avance que le taux de suicide est «12 à 16 fois supérieur chez les jeunes LGBT que chez les autres jeunes». À cet égard, le juriste Daniel Borrillo avait souligné que la collecte de données scientifiques sur ce phénomène est indispensable: «Il ne peut y avoir de prévention sans connaissance» (lire Daniel Borrillo: «Il faut produire une connaissance scientifique de l’homophobie en France»). Or, en France, seules des associations se sont emparées de cette question, avançant des données approximatives.
 
D’ici le début de l’année 2013, Michel Teychenné présentera un ensemble de mesures au ministre de l’Éducation nationale qui décidera des orientations à suivre pour la rentrée de septembre. Espérons que les préconisations de l’élu de Pamiers ne connaîtront pas le même sort que les rapports remis à Xavier Darcos et à Luc Chatel en 2009 et 2011 sur la lutte contre les discriminations… et qui sont restés lettre morte.