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 d’ADHEOS

Débats dominés par la circulaire Taubira et le match Copé-Fillon, mercredi, à l’Assemblée nationale
 
Au deuxième jour, le débat sur le mariage homosexuel ouvrant droit à l’adoption est monté dans les tours hier à l’Assemblée. Une circulaire signée vendredi dernier par les services de la garde des Sceaux sur la question de la nationalité des enfants de père français conçus par une mère porteuse à l’étranger a en effet brutalement surgi dans l’hémicycle, mettant le feu aux poudres.
 
Depuis le début, la droite soupçonne ouvertement le gouvernement Ayrault d’avancer masqué sur la question de l’homoparentalité. Aujourd’hui, le mariage gay et l’adoption. Demain, la possibilité pour des lesbiennes de recourir à la procréation médicalement assistée (PMA) dans le cadre de la prochaine loi sur la famille. Et, au bout du bout, l’ouverture de la gestation pour autrui (GPA) au profit des couples d’hommes, au nom du « principe d’égalité », ne cesse de dénoncer la droite
 
Or cette circulaire visant les enfants conçus par GPA à l’étranger ne pouvait pas mieux tomber pour établir ce « double jeu » dont la droite soupçonne le gouvernement Ayrault. C’est tout du moins ainsi qu’elle l’a interprétée et instrumentalisée hier.
 
« Étrange » pour Borloo
 
« Les masques tombent », a répété, tout au long de la journée, Christian Jacob, le président du groupe UMP. « C’est une maladresse ou une provocation, a estimé Jean-Louis Borloo, le patron de l’UDI. Dans ce contexte-là, ce n’est pas anodin. C’est une façon de faire monter la tension de manière un peu étrange. »
 
« C’est une provocation. C’est une validation de la GPA à l’étranger. C’est une justification de l’esclavage moderne. Nous vous demandons de retirer cette circulaire », s’est emporté Jean-François Copé au moment des questions au gouvernement.
 
Au petit matin, Christian Jacob a même écrit au président Hollande pour lui demander de reporter le débat sur le mariage en raison de cette fameuse circulaire. Décidément, elle tombait à pic. Elle a d’ailleurs été révélée par « Le Figaro ».
 
Que dit-elle ? « Nos consuls ont mission de signaler les cas d’enfants nés à l’étranger qui leur paraissent issus d’une gestation pour autrui (GPA), s’est défendue bec et ongles Christiane Taubira dans l’hémicycle. Et c’est très bien, car nous sommes contre la GPA et la subordination des corps. Lors du dernier quinquennat, cela a concerné 44 cas, dont 38 ont finalement été confirmés par le procureur de la République. La GPA étant illégale en France, ces enfants n’ont pas le droit à l’inscription à l’état civil. En revanche, comme ils ont tous des pères français, il n’y a aucune raison que certains greffes de tribunaux d’instance leur remettent un certificat de nationalité française et d’autres pas. Cette circulaire ne fait qu’harmoniser cet acte administratif, et je l’assume », a expliqué Christiane Taubira. S’attirant des propos louangeurs des bancs de la gauche tout l’après-midi. Et des huées des bancs de la droite.
 
Le match Copé-Fillon
 
« Du chahut pour du chahut, a commenté Erwann Binet, le rapporteur PS du projet de loi. La circulaire ne fait que rappeler la loi pour éviter que ces enfants ne soient les fantômes de la République. »
 
L’épisode de la circulaire – voulu ou pas – a eu pour effet de finir de poser le décor très manichéen de ces débats. Les « ringards » de droite contre les « inconscients » de gauche. Laurent Wauquiez, par sa jeunesse et sa modernité, a cherché à sortir l’UMP de cette image passéiste en déposant une motion référendaire. Refusée au final.
 
« Si la modernité, pour vous, c’est le droit à l’enfant, si la modernité, pour vous, ce sont les bébés-éprouvettes, si la modernité, pour vous, c’est louer le ventre d’une femme, nous vous laissons cette modernité », a-t-il conclu sous les hourras des bancs de droite.
 
Mais un autre match s’est joué hier soir. Un match au sommet entre Jean-François Copé et François Fillon.
 
Les deux rivaux de l’UMP savaient devoir se succéder à la tribune vers 20 heures. Comme deux boxeurs au pied du ring, on les surprenait durant l’après-midi en train de discuter ensemble. Tranquillement, comme une bonne paire de copains politiques. L’hémicycle ouvrait des yeux ébahis. Décidément, ce mariage gay…
 
Jean-François Copé n’a pas été mauvais, loin de là. Ferme tout en s’efforçant d’être moderne. Mais, en s’adressant directement au président Hollande, pour lui demander d’assurer « la concorde civile », François Fillon a nettement pris l’avantage. « Je crains que sous le slogan de l’égalité se cache le droit à l’enfant […]. Votre circulaire est une brèche […]. Vous nous faites courir vers un monde dont ne voulons pas », a-t-il dit très courtoisement à Christiane Taubira. Son petit sourire narquois avait alors quitté la garde des Sceaux.
 
« Si ces lignes rouges étaient franchies [NDLR : la PMA et la GPA], il est du devoir de l’opposition d’avertir qu’à l’heure de l’alternance – car il y aura alternance – nous réécrirons la loi pour stopper cette dérive, car elle consacrerait une régression de notre conscience humaine », a encore dit Fillon. En surplomb.