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 d’ADHEOS

Le gouvernement malien a renoncé cette semaine à l’élaboration d’un manuel scolaire d’éducation sexuelle abordant notamment la question de l’homosexualité, taboue dans ce pays, après une virulente fronde de l’imam Mahmoud Dicko, influent président du Haut conseil islamique du Mali (HCIM).
Avec l’appui financier des Pays-Bas, le ministère de l’Education nationale avait initié une réflexion sur l’éducation sexuelle ayant pour finalité la rédaction d’un manuel scolaire destiné aux adolescents.
 
Mais en début de semaine, Mahmoud Dicko, l’un des responsables musulmans les plus écoutés du pays (photo), est intervenu sur plusieurs médias pour dénoncer "un texte qui veut enseigner l’homosexualité aux enfants à l’école".
 
Dans des extraits de ce document circulant sur les réseaux sociaux, figurait un chapitre intitulé "orientations sexuelles". Dans un dialogue imagé, il était demandé à un élève d’être "indulgent à l’égard d’un homosexuel", dans un pays où l’homosexualité n’est pas illégale mais où les personnes LGBT sont victimes de discriminations, dont des actes de violence "punitive" commis par des membres de leur famille ou de leur entourage, selon un rapport de l’ONG américaine Freedom House.
 
Face à cette bronca, relayée par plusieurs associations musulmanes, le Premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga a annoncé mercredi l’arrêt du projet. "En raison de la polémique en cours autour de l’adoption d’un manuel sur l’éducation sexuelle au Mali, nous avons décidé de renoncer à son élaboration", a indiqué M. Maïga sur Twitter.
 
"A la suite de ma rencontre avec les leaders religieux, une commission comprenant l’Etat, des représentants des autorités coutumières et des sensibilités religieuses sera mise en place. Elle jugera de la nécessité d’apporter des amendements ou de l’abandon définitif dudit manuel", a-t-il ajouté.
 
"Oui, c’est vrai que le Premier ministre a annoncé l’arrêt de la réflexion sur le sujet. Mais nous restons vigilants, parce que nous entendons d’autres bruits de couloir", a déclaré vendredi à l’AFP le porte-parole du Haut conseil islamique du Mali, Issa Kaou Djim.
 
Si peu de voix se sont élevées pour critiquer la décision du gouvernement, certains internautes ont toutefois souligné que d’autres questions liées à la sexualité, comme les grossesses précoces ou les maladies sexuellement transmissibles (MST), risquaient de pâtir de l’abandon du projet de manuel.