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 d’ADHEOS

Deux hommes homosexuels ont été agressés dans le métro de Lyon le 20 février. L’une des victimes témoigne et raconte son quotidien. Les insultes et violences sont régulières.

Il est tard lundi 20 février 2023 quand Clément (le prénom a été modifié) et son ami quittent la station du métro D Gorge de Loup à Lyon (9e arrondissement).

Quand les deux jeunes hommes s’apprêtent à passer le portique de sortie situé après un escalier, ils tombent sur trois hommes.

Le Lyonnais, étudiant de 26 ans, raconte son agression à actu Lyon et témoigne aussi de l’homophobie du quotidien qu’il rencontre dans la ville.

« Gros pédés »

Les deux Lyonnais subissent alors une violente agression homophobe. « L’un des trois hommes a commencé à nous insulter de gros pédés » , témoigne Clément moins d’une semaine après.

« On a été victimes d’un vrai délit de faciès. J’étais avec mon meilleur ami, on n’est pas en couple du tout, on ne se tenait pas la main. Il n’y avait aucun geste d’affection entre nous », assure l’étudiant.

C’est à ce moment que la situation bascule. L’individu insultant, qui est sous l’emprise de la cocaïne, va devenir très violent. « Mon ami m’a protégé et m’a poussé après les portes de sortie. C’est à ce moment qu’il a reçu un violent coup de pied dans le dos ».

« Mon ami lui a réglé son compte »

Très rapidement, Clément compose le 17 pour appeler la police. « Je vais rester en ligne avec eux durant une quinzaine de minutes ».

Selon lui, son ami a répliqué après le violent coup de pied reçu. « Il lui a donné un coup de poing, en a reçu un autre et puis il lui a cassé la gueule, il lui a réglé son compte en reprenant le dessus ».

« J’ai crié à l’aide mais ça n’a servi à rien »

Les deux autres hommes n’ont pas participé, « ils regardaient ça comme un spectacle » et les agents TCL qui fermaient les rideaux métalliques de la station « ne sont pas vraiment intervenus, ce sont les deux amis de l’agresseur qui ont essayé de les séparer », déplore Clément.

Il n’y avait aucun témoin dans la station « qui était vide, c’était l’avant dernier métro ». « J’ai crié à l’aide mais ça n’a servi à rien« .

Un an de prison ferme pour l’agresseur

A l’arrivée de la police, les trois individus se sont volatilisés. L’agresseur et un ami sont finalement arrêtés à la gare de Vaise deux stations de métro plus loin. Le troisième n’a jamais été retrouvé.

Au tribunal de Lyon lors d’une comparution immédiate, le suspect très connu d

e la justice pour des violences ou un incendie volontaire a écopé d’un an de prison ferme. Au moment de son arrestation, il transportait de la cocaïne sur lui.

Son ami a reçu trois jours d’ITT (Interruption totale de travail).

« Je suis usé, fatigué »

Clément, 26 ans, n’en est pas à sa première agression homophobe dans l’espace public à Lyon. « Je suis usé, fatigué », confie-t-il après ce nouvel épisode de violences.

Insultes dans la rue, remarques déplacées, sorties de boîte de nuit violentes : le quotidien du jeune homosexuel est émaillé de violences en lien avec son homosexualité.

En 2019, en sortant de discothèque dans le 1er arrondissement, j’ai refusé de la drogue à trois hommes. L’un m’a suivi jusque dans un hall d’immeuble, m’a insulté de sale pédé. J’ai reçu un coup de taser électrique dans le cou et on m’a frappé la tête contre les murs.

Clément, victime d’agressions homophobes à Lyon

Dans la rue de la République, Clément se souvient d’insultes mêlant pédophilie et homosexualité. « Il y a quatre ans, on m’a insulté en pleine rue à 17h en disant qu’on aimait les enfants… » ou encore plus récemment une agression au couteau près du Palais de justice dans le Vieux-Lyon.

L’étudiant évoque des insultes régulières dans les transports, dans la rue et des « questions déplacées » sur son homosexualité.

« J’évite de plus en plus d’endroits à Lyon »

Cette agression du métro « ajoute un endroit de plus à éviter à Lyon, Gorge de Loup », déplore Clément.

Ces dernières années, il évite de plus en plus d’endroits dans la métropole de Lyon « pour éviter les problèmes, les insultes, les regards qui dérapent ». La gare de Vaise, Guillotière, Vénissieux, Vaulx-en-Velin, le 1er arrondissement et le secteur des Terreaux, Perrache, les pentes de Croix-Rousse, la Part-Dieu…

« La liste s’allonge, j’évite ces endroits seul la nuit. Je préviens désormais des proches à chaque sortie, je leur dis où je suis, si mon programme change. C’est après les confinements que ça a explosé, il y a un avant et un après ». Le jeune homme qui a fait son coming-out en 2017 veut « garder sa liberté », « s’habiller comme il veut » mais sait bien que ce n’est pas possible partout.

« J’ai déjà eu des examens à Vaulx-en-Velin et j’ai tout fait pour m’habiller le plus neutre possible », déplore-t-il. Comme pour dissimuler son homosexualité…

« A chaque fois, ce sont les mêmes profils. Des jeunes en survêtement, ils ont mon âge », constate Clément.

Dépôt de plainte systématique

Clément assure « mettre un point d’honneur en déposant plainte à chaque fois » et invite tous les LGBT à en faire de même.

« On m’a reçu de manière exceptionnelle [à la police] après mon agression dans le métro », dit-il même s’il constate encore « trop de maladresses ou de questions déplacées » lors de ses auditions avec la police.

Les violences contre les LGBT sont encore très présentes en France, note l’association SOS Homophobie qui évoque un doublement des violences en cinq ans. En 2022, le phénomène a aussi explosé à Paris et en Ile-de-France, une région fortement touchée par ce fléau.

 

SOURCE : actu.fr