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 d’ADHEOS

L’archevêque de Lyon va-t-il finir au tribunal ? Des membres d’une association de victimes d’un prêtre pédophile de son diocèse menacent de porter plainte contre lui pour non dénonciation de faits d’agressions sexuelles.
 
Relativement épargnée, ces dernières années, par le scandale de la pédophilie, l’Eglise catholique en France est à la veille d’une grande tempête. En cause, l’un des plus puissants et médiatiques évêques de l’Hexagone, le cardinal-archevêque de Lyon, Philippe Barbarin. «Dans les prochains jours, des plaintes vont être déposées contre lui pour non-dénonciation de faits de pédophilie», indique à Libération, François Devaux, le président de l’association la Parole libérée. Fondée en décembre dernier, elle regroupe les personnes qui auraient été victimes du père Bernard Preynat, un prêtre du diocèse de Lyon, mis en examen le 27 janvier pour «agressions sexuelles sur mineurs de moins de quinze ans par personne ayant autorité».
 
Les faits (reconnus par l’accusé) se seraient produits entre 1986 et 1991 dans le cadre d’un groupe de scouts d’une paroisse de Sainte-Foy-lès-Lyon. «L’affaire Preynat est désormais dans les mains de la justice. En revanche, l’attitude de l’évêque de Lyon a été déplorable. Il a laissé en poste jusqu’en août 2015 et au contact des enfants, un prêtre dont il connaissait les agissements», souligne le président de la Parole libérée. Il précise que les faits ne sont pas prescrits.
 
Aujourd’hui, la ligne de défense du cardinal Barbarin se révèle périlleuse et très problématique. Dans une interview jeudi au quotidien catholique la Croix, le prélat reconnaît avoir eu connaissance des faits en 2007-2008. «Aujourd’hui, nous savons qu’il ment», pointe encore François Devaux. Auparavant le cardinal lyonnais affirmait avoir appris les faits seulement en 2014. Reste aussi à éclaircir le choix fait par l’archevêque de Lyon de maintenir en poste Bernard Preynat. Pour sa défense, Barbarin affirme «qu’aucune plainte, ni soupçon» ne lui étaient parvenus récemment à propos du prêtre accusé de pédophilie.
 
Après son interview à la Croix, l’archevêque de Lyon s’est retranché dans un silence total. «Il ne parlera pas avant le procès», a expliqué à Libération, Pierre Durieux, son directeur de cabinet. Ce dernier affirme également que le diocèse de Lyon n’est pas au courant des plaintes à venir.
 
Vigilance relâchée
 
Au tournant des années 2000, l’épiscopat français avait été très ébranlé par l’affaire Pierre Pican. L’évêque de Bayeux avait été condamné, en septembre 2001, à trois mois de prison avec sursis pour non-dénonciation des agissements pédophiles d’un prêtre de son diocèse, René Bissey. A l’époque, le curé avait écopé de 18 ans de réclusion. La condamnation d’un évêque pour non dénonciation était une première mondiale dans l’histoire de l’Eglise catholique. Au moment de ce scandale, l’épiscopat français avait tenté de corriger le tir dans la gestion très hasardeuse des affaires de pédophilie. Selon des spécialistes de ce dossier, la vigilance se serait, ces dernières années, relâchée.
 
Même si le pape François affiche la tolérance zéro dans les affaires de pédophilie, l’attitude à tenir par les évêques continue à faire débat au sein du Vatican. Doivent-ils ou non porter ces affaires à la connaissance de la police et de la justice civile ? Après les vagues de scandales qui ont touché l’Eglise dans nombre de pays occidentaux, la ligne de conduite (c’est le cas officiellement en France) est majoritairement de signaler ces cas à la justice des hommes. Mais, la semaine dernière, un document signé par un prêtre français très controversé, Tony Anatrella, conseiller de l’un des services du Vatican, affirmait qu’il n’y avait aucune obligation. Ce qui est totalement contraire au droit français qui stipule que les affaires d’agression sexuelles sur mineur doivent être portées à connaissance des autorités judiciaires.
 
Cette prise de position de Tony Anatrella a suscité une tempête dans la presse anglo-saxonne. L’association la Parole Libérée a, elle, écrit au pape pour protester.