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 d’ADHEOS

QUEERTOPIE. À l’heure des « zones sans LGBT », la carte interactive de Queering the Map de Lucas LaRochelle est tout ce qu’il nous fallait. Ce projet, qui rencontre un franc succès sur Tik Tok, permet aux personnes LGBT de partager leurs expériences vécues dans le monde entier. Et rappelle que l’on est jamais seul.e.s.
 
Sur une carte du monde – entièrement rose – apparaissent une multitude d’épingles noires. Mais attention, celles-ci ne sont pas de banales géolocalisations. Elles recensent des moments queer. Il suffit de cliquer sur un des points pour découvrir un témoignage. « Ici, j’ai fait mon coming-out à ma mère. C’était dans la voiture », peut-on lire quelque part à Saint-Jean-sur-Richelieu, au Canada. Armé de notre souris, on continue alors notre excursion. Sur une rue d’Aix-en-Provence, en France, est annoté : « J’ai vu deux garçons se tenir la main, à un moment de ma vie où je me sentais la seule personne queer au monde ». Et à Sedouikech, en Tunisie, quelqu’un a aussi écrit : « Première fois que j’ai embrassé une fille. Premier baiser de ma vie. J’avais 12 ans ». Pas de doute, Queering the Map est notre atlas favori.
 
À la recherche d’espaces queer
 
Sur cette page, chacun peut poster un témoignage de manière complètement libre, anonyme et gratuite. Et des histoires, il y en a beaucoup. Depuis sa création en 2017, le projet Queering the Map ne cesse de s’étoffer et les géolocalisations sont présentes dans le monde entier. Lucas LaRochelle, qui a créé la plateforme, en dénombre aujourd’hui plus de 110.000, écrites en 33 langues différentes.
 
C’est en passant devant l’arbre au pied duquel iel a rencontré son premier amour que Lucas LaRochelle a eu l’idée de ce projet. Alors étudiant en design à Montréal, iel réfléchit à la notion d’espace queer et à la valeur sentimentale que peuvent avoir certains lieux pour les membres de sa communauté. Iel crée donc cette carte pour partager son expérience, mais aussi découvrir celle des autres : « Je souhaitais montrer des histoires de vies queer, et l’expérience de ces personnes dans le monde qui les entoure, quelles que soient leurs histoires d’amour, de violence… Et tout ce qu’il y a entre les deux », nous explique-t-iel. Les histoires sont en effet très variées. Certaines, très intimes, témoignent même de moments difficiles : « J’ai essayé de te dire que j’étais gay. Tu m’as fait taire… J’avais besoin de toi », écrit quelqu’un à Santa Cruz de la Sierra, en Bolivie. D’autres contributions sont quant à elles plus informatives. Parce que rendre la carte plus queer, c’est aussi annoter des lieux où les LGBT sont les bienvenus, une épingle située au Cap en Afrique du Sud nous donne une bonne adresse : « Cette salle de sport est un territoire gay. Ne le dites pas au cours d’aquagym ! », peut-on lire.
Du privé au politique
 
Très poétique, le projet Queering the Map n’en est pas moins politique. Ces géolocalisations rendent en effet visibles les personnes LGBT et rappellent qu’elles sont partout. En dehors des grandes villes, les marquages se font plus rares, certes, mais ils existent aussi. De quoi donner de l’espoir aux personnes isolées.
 
Interactive, cette carte est un véritable projet d’archive collaborative. En effet, dans un monde empreint d’une culture majoritairement hétérosexuelle, Lucas LaRochelle explique vouloir créer une mémoire queer. Cette plateforme, c’est « pour que ces histoires se transmettent à travers le temps et entre les pays ». Pour mener son projet a bien, Lucas a choisi l’anonymat complet des soumissions, qui constitue un vrai gage de sécurité. L’utilisation de pseudos comporte en effet encore des risques, notamment pour des personnes LGBT vivant dans des contextes dangereux. « Ma stratégie a donc été de ne pas avoir de profil du tout : on poste de manière totalement anonyme. Rien n’est stocké dans la base de données », explique-t-iel.
 
Un projet victime de son succès
 
« Safe place » des temps modernes, Queering the Map séduit de plus en plus de monde. Après un premier pic de visibilité en février 2018 – le nombre de soumissions passe de 600 à 6 500 en quelques jours -, le projet se popularise encore. À tel point qu’à la mi-septembre 2020, il devient viral sur Tik Tok. Le site connaît alors un raccord de visites, faisant tomber en panne la plateforme. Après sa réparation, Lucas LaRochelle doit suivre le rythme : « L’enjeu actuel est de réussir à mettre à niveau l’infrastructure pour pouvoir supporter un trafic de plus en plus important, et que les personnes puissent continuer à partager leur expérience. » Et c’est un vrai challenge, car Queering the Map est totalement indépendant, ne génère pas d’argent et est géré bénévolement. Ne possédant donc aucun budget, Lucas LaRochelle vient de créer un Patreon pour obtenir de l’aide. Alors si comme nous, vous venez de passer des heures sur Queering the Map…. On vous encourage à le soutenir.