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 d’ADHEOS

Dans un «point étape» dévoilé mardi, la délégation de l’éducation nationale chargée de la lutte contre les violences en milieu scolaire prévoit des mesures contre l’homophobie à l’école.
 
Un enfant sur vingt se déclarerait victime de harcèlement sévère ou très sévère, mais combien de jeunes LGBT? Alors que Vincent Peillon, le ministre de l’Éducation nationale, tente d’imposer de nouveaux rythmes aux élèves français, la délégation ministérielle chargée de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire a publié mardi un «point-étape» de l’avancement de ses travaux. Parmi les mesures déjà proposées, l’élargissement de la campagne «Agir contre le harcèlement à l’Ecole» aux violences homophobes. 
 
Cela faisait partie des grandes lignes du plan interministériel contre l’homophobie proposé par Najat Vallaud-Belkacem en décembre dernier (lire article), mais pour le professeur Eric Debarbieux, ancien directeur de l’observatoire international de la violence à l’école et désormais responsable de la mission, c’était de toute façon une nécessité: «Quand on veut agir contre le harcèlement, la question de l’homophobie se pose naturellement, explique-t-il à TÊTU.com. Agir contre le harcèlement en milieu scolaire, c’est aussi agir contre le suicide des jeunes puisque les deux vont souvent de pair. Et la prévalence du taux de suicide chez les jeunes gays et lesbiennes est alarmante.»
 
Une première dans la campagne contre le harcèlement
 
Alors que le débat sur l’ouverture du mariage des couples de même sexe a fait couler beaucoup d’encre, il semblerait qu’il ait été un élément confirmateur pour la délégation ministérielle: «Je crois que les dégâts du débat sur le mariage pour tous nous ont réellement fait prendre conscience du travail qu’il y avait à mener sur ce terrain» confie le docteur en philosophie.
 
Un terrain pour l’instant en friche, puisque jusqu’à présent, l’homophobie n’a jamais été au coeur de la lutte contre le harcèlement en milieu scolaire. Lancé en janvier 2012, la campagne et le site «Agir contre le harcèlement à l’école» ne comporte aucun volet spécifique, quand le harcèlement sexiste a la part belle. Déjà, le rapport prévoit l’élaboration d’une vidéo spécifique à destination des élèves, mais également des éducateurs.
 
De nouveaux dispositifs
«On s’est rendu compte que les éducateurs ne disposaient pas de suffisamment d’outils pédagogiques pour pouvoir en discuter en évitant les stéréotypes», rapporte Eric Debarbieux. Les équipes pédagogiques et les parents auront donc à disposition de nouveaux matériaux de sensibilisation, et notamment un lexique, qui devrait permettre à chacun de mettre une définition sur les mots «homophobie», «hétéronormé» ou «identité de genre». Des expériences déjà effectuées dans des établissements scolaires y seront annexées, pour pouvoir permettre au personnel éducatif de prendre des initiatives.
 
Un personnel qui peut être lui même la cible de harcèlement, ou dans une moindre mesure, d’insultes de la part d’élèves. 1% des personnels interrogés dans le rapport ont été victimes d’insultes LGTBphobe depuis la rentrée 2012. D’après les répondants, 2,4% des insultes à l’encontre des membres des équipes pédagogiques serait de nature LGBTphobe. D’où l’importance prônée par la délagation de mettre en place des «enquête de victimation», à la fois pour les personnels et pour les élèves, notamment au lycée.
 
La première partie d’un plan pérenne
Pour Eric Debarbieux, il est «difficile de poser ces questions aux lycéens, et aux plus jeunes en général.» C’est pourquoi ces mesures ne représentent pas encore la totalité de ce qui sera envisagé contre le harcèlement homophobe, comme le rappelle volontiers le ministère: «Ce document est un point-étape, à mi-parcours, qui permet de travailler dans la transparence.»
 
Si le nouveau programme devrait être mis en place pour la rentrée 2013, la délégation ne veut pas agir dans la précipitation. «Il s’agit d’organiser une campagne permanente, comme dans les pays du nord de l’Europe, notamment en Finlande. La lutte contre le harcèlement ne peut pas être un «one shot», elle doit être pensée sur le long terme. La violence, elle, prend tout son temps, alors pourquoi ne le prendrions nous pas?»