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 d’ADHEOS

À la suite d’une nouvelle attaque homophobe aux portes de Paris, Popingays publie ce témoignage qui nous a profondément touchés ! Pour que plus jamais cela ne se renouvelle !
 
Oh mon amour,
Silence assourdissant. Nuit du vide. De l’indifférence. Nuit de la haine et de la violence. Nuit de la peur ! Oui la peur, celle d’êtres humains en proie aux carnassiers féroces et obscurantistes ! Carnassiers devenus victimes de la désinformation et de la bêtise. Peur des mots aiguisés au couperet. Guillotine pernicieuse ! Peur de la lâcheté. Peur du genre humain. Nuit d’un plongeon dans le gouffre indicible de l’incompréhension et du désarroi le plus total. Peur elle aussi féroce.
 
Une nuit pourtant si douce, JP et moi revenions d’un apéritif dans un bar rock. Nous avions bu des cocktails “rolling stones”. Le patron nous jouait les Ramones. Le sourire de Marlène et tes yeux, les tiens mon amour, toi mon James Dean, mon Paul Simonon. Ses yeux purs qui dans quelques heures ne verront plus, ne seront que lambeaux de chair et contusions. Plus de lumière ni pour toi. Pour Personne. Paris va s’éteindre, faites taire les chiens…
 
Nous rentrons vers ma chère rive sud. Ma tour New Yorkaise. Bleue. Demain, un nouveau travail, demain un camion plein chargé de fruits doux et d’épices aussi parfumées que ta peau blanche, que tes yeux azuréens, que tes bras, ton corps, ta verge ! Nous rentrons pour saluer notre futur limpide et prometteur.
 
Oui mon amour, faisons une pause. Entre deux correspondances de bus, oui mon amour j’ai faim des ces nuits américaines, faim de la grange aux fleurs, rayon de soleil dans une campagne meurtrie. Faim de notre futur groupe de pop. Faim d’un château en Espagne. Notre château… Une piste aux étoiles.
 
Go go Pizza Pino. Il reste des bus, continuons la nuit. Nous nous délectons de cette nourriture industrielle. Nous chantons Renaud, nos souvenirs, notre avenir. Nous regardons Mick Jagger effondré par le décès de sa femme. Nous trinquons à notre Sex Star. Roulons nos langues. Rentrons mon amour !
 
Silence total sur la place du 18 juin 40. Résistance. Pas une ombre, juste bras dessus bras dessous. Fier Fier Fier. En Anglais on dit PRIDE !
 
Abribus au pied de la rue de l’Arrivée. Bus 95 annoncé. Porte de Vanves. Notre antre dorénavant !
Dans tes bras mon amour. Tes lèvres chantent PRENDS LE BUS PRENDS LE BUS ! La dernière étoile va s’éteindre. Mon front, tes lèvres, ton…
 
“Dégueulasse. Vous êtes dégueulasses bande de PD”. Le type est jeune mais grand, très grand et assez baraque. Je relève la tête pas certain… Pas entendu cette insoutenable réalité… Mon Rocker réagit “Pardon”. “PD beurk c’est dégueulasse”. Ses yeux brillent. Il est narquois. Dans ses yeux l’écume, la rage, la haine la frustration.
“Vas y dégage connard, homophobe” “PD crevez” “Dégage, casse toi pauv’type”… Le bus arrive, ouvre ses portes “Viens mon amour, laisse ce con, rentrons… JP ne monte pas dans le bus. Il ne montera jamais, le type lui assène un coup derrière l’oreille. Il tombe à genoux. Perte d’équilibre. Premiers hurlements. Silence insoutenable. Je demande de l’aide au chauffeur. Les portes se referment. Je martèle la vitre. Le bus s’en va avec sa lâcheté et son indifférence… Oh silence meurtrier. Je m’interpose entre l’ordure et l’amour. Pluie de coups de pieds et de poings au thorax. Je réponds avec mes 70 kilos, mes 50 balais et mes 35 ans de peur lâchée, là sur ce trottoir. JP se relève, tente de me protéger, je pars en arrière, le type redouble de coups aux visages, JP tente de fuir, s’écroule à trois mètres. Inconscient. Seul. Moi et le silence. Le type revient, frappe au thorax, au dos, me soulève et tente de me jeter par-dessus une barrière. 1,20m de vide, talus, route en contrebas. Le type me maintient, je tente de résister. Je hurle. Je vois JP qui se relève, titube. Le type termine sa guerre. Je chute, je dévale le talus et je m’écrase la tête sur le bitume d’une rue en contrebas soit 3 mètres de chutes et de dénivelés. Perte des sens… Un hurlement… Je frôle l’évanouissement. Le temps de voir JP, en contrebas aussi au même niveau. Le type l’a ramassé, tabassé et fait passer par la barrière. Le sang le sang le sang le silence le silence le silence. Je le rejoins en me traînant. Il est à quatre pattes, hémorragie faciale. J’appelle à l’aide. Silence encore malgré les lumières et les terrasses… Je prends mon portable et compose le 17. Le type dévale à son tour le talus, debout, écumant de rage “t’appelle les flics, je vais te crever PD”, je cours, le type oublie JP au sol. Je ne sais pas s’il est conscient. SAUVER SA PEAU. Je me précipite dans une épicerie. Le type charge. L’épicier me sort manu militari et me livre au monstre aux poings d’acier. À côté, des hommes quittent enfin leur siège, en terrasse. Font Barrière. Le type est à 50 cm de moi “Hey les mec, finissez-le c’est un PD”. Un des gars se retourne. “T’es PD” ils rigolent. Il rentre dans le bar. Les autres le suivent. Excepté un seul. UN SEUL. Silence du sang. Un seul type aura le courage de le retenir. Il me hurle “barre toi”… Et JP ? Le trottoir est vide. Trottoir de sang. De haine. Boulevard de la mort. Elle tourne. Elle est là, cachée sous la lune…
Plus loin, je téléphone à JP. Il répond. Je le retrouve 200 mètres plus bas sur le boulevard Montparnasse. Au sol, tuméfié, défiguré, à demi conscient.
 
Des détails oui des Détails mais ces milliers de détails qui font mal. Qui font peur. Plus de larmes, plus de force. La police est là. JP part d’urgence à Cochin. Pronostic vital de l’oeil engagé (il sera sauvé in extremis mais séquelles visuelles et auditives à prévoir). Je monte avec la Brigade. Le sergent “Putain d’homophobe, on va pas le louper”. Un flic me tient par les épaules. Nous remontons l’Arrivée. L’ordure vient d’être interpellé par huit inspecteurs armoire à glace qui l’ont repéré avec mes renseignements lors du deuxième appel. Lors du premier appel, ils avaient localisé le secteur, toutes les brigades étaient de pied.
 
“C’est lui Sergent ! C’est lui. »
 
JP mon amour, mon futur. Odeur de sang mêlé. J’ai la cage thoracique enfoncée, là une vertèbre de coincée. Je ne peux plus respirer. La douleur la peur le silence les sirènes le silence qui enfin se tait. Le Silence.
 
J’ai retrouvé ma beauté. Nous avons marché en pleurant, en boitillant, en étant accroché, désormais inséparables. Très amochés mais FIERS, pour TOUJOURS.
 
Ce courriel parce que j’ai besoin de mots. J’ai besoin que vous sachiez tout dans les détails. Ces mots, ces détails. Impudique penseront certains. Peut-être, mais s’il y a de la perversité, ce n’est pas dans notre amour et dans nos mots qu’il faudra la chercher.
 
6 jour d’ITT pour moi
10 jour d’ITT pour mon rocker
10 jours de pertes sèches sur le magasin, stock perdu…
 
Le type est déjà en mandat de dépôt. Il a 24 ans, barman et rugbyman pilier ! Lors de la confrontation, il s’est décrit comme Catholique et Versaillais. Il n’est pas homophobe mais ne supporte pas de voir des gars “s’exhiber”.
 
Nous refusons ses excuses, nous maintenons nos plaintes et nous nous constituons partie civile ainsi que l’association SOS HOMOPHOBIE, le RAVAD (avocats gay) et peut-être d’autres associations. Pour qu’il sache, pour qu’ils, vous, nous, sachions.
Il est inculpé de trois chefs d’accusation avec circonstances aggravantes: Homophobie, Alcool et violence sur lieu de circulation (arrêt de bus).
 
Des mots oui des mots, qui ne se tairont jamais, j’en fais le serment. Pour que l’on sache ce que représente L’HOMOPHOBIE, la haine de la différence, l’intolérance… LA HAINE. Silence total !
 
PS : Nous envisageons de porter plainte contre la RATP pour non-assistance. La RATP ne s’est toujours pas manifestée malgré les injonctions de la police, du juge et du procureur !
 
À tous les petits et gros PD, aux grosses GOUINES, aux trav, drag, bi et trans, à tous les séropos, à tous les différents, à tous les parents du monde et leurs enfants… NOUS RESTERONS EXTRA…ORDINAIRES !