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 d’ADHEOS

Vendredi, la ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti, a confirmé qu’une loi autorisant le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels serait actée en 2013. Contactée par leJDD.fr, la présidente de l’association SOS Homophobie, Elizabeth Ronzier, revient sur cette annonce.
 
Quelle est votre réaction suite à l’annonce de la ministre?
C’est une satisfaction que le gouvernement confirme les engagements pris pendant la campagne ainsi que l’échéance de 2013 pour le vote de cette loi. Après, nous regrettons quand même un peu que cela ne se fasse pas avant. Ils auraient pu déposer les textes – qui sont prêts – au mois de juillet ou en septembre. L’important reste que les engagements soient tenus. L’égalité des droits qui passe principalement par le mariage et l’adoption est une première étape, mais cela ne mettra pas fin aux discriminations et à l’homophobie.
 
Justement, qu’attendez-vous du gouvernement par la suite?
On attend du gouvernement et de la nouvelle majorité parlementaire qu’ils continuent d’agir pour lutter contre ces discriminations. Par exemple, en encourageant la sensibilisation des jeunes à la diversité des orientations sexuelles le plus tôt possible. François Hollande s’est engagé à le faire dès l’école primaire. Nous attendons que cela se mette en place. Ou encore à travers la reconnaissance de l’identité de genre comme critère de discrimination. Aujourd’hui, quand une personne transsexuelle se fait agresser, il n’y a pas de circonstances aggravantes si l’agression a été commise en atteinte de sa transsexualité. Le gouvernement s’est aussi prononcé il y a peu sur l’ouverture du don du sang aux homosexuels. Maintenant, il faut le faire.
 
L’ouverture de la procréation médicale assistée (PMA) aux couples de lesbiennes est également un sujet essentiel à vos yeux?
Que les couples mariés de même sexe puissent avoir accès à la PMA de la même manière que les couples mariés hétérosexuels serait un pas de plus vers l’égalité. Nous ne pourrons pas passer à côté d’une réforme des lois de bioéthique sur cette question. Traditionnellement, dans le calendrier législatif, elle est abordée au moment de la révision de ces lois. Il va encore falloir attendre pour que la procréation médicale assistée soit débattue. Les engagements, c’est bien, mais il faut les tenir. Les droits des personnes LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres, Ndlr) ont stagné pendant de nombreuses années, quasiment rien n’a été fait depuis le PACS (voté en 1999, Ndlr).
 
Dominique Bertinotti se dit aussi "favorable à ce que l’on s’interroge sur le statut du tiers" dans le cadre de cette loi. Etes-vous confiante quant à la création de ce statut?
Avec les engagements qui ont été pris, on peut supposer qu’un travail va être fait, notamment par le Parlement, sur cette question. Après, nous craignons que les discussions sur le statut du beau-parent soient repoussées. C’est un peu comme pour la PMA. On pourrait entendre dire : "C’est bon, on a ouvert le mariage et l’adoption. On vous a donné ça. Le reste peut attendre." Mais ce n’est pas la réalité. Ce type de familles existe déjà et il faut leur donner un statut juridique pour les sécuriser.
 
Vous craignez donc que le gouvernement se limite aux questions du mariage et de l’adoption?
Ce sont effectivement deux questions importantes et très médiatiques. Mais ce ne sont pas les seules qui se posent en matière d’égalité des droits. Il faut évidemment les traiter, mais il faut aussi continuer.
 
 
En 2007, Nicolas Sarkozy avait aussi promis ce statut, qui n’a finalement pas été réalisé.
Il avait proposé un texte qui n’était pas parfait mais qui répondait quand même à un certain nombre de demandes des associations LGBT. Mais il a été complètement vidé de sa substance lors de son passage par la commission Leonetti. Au final, il n’apportait quasiment rien de plus que ce qui existait déjà dans la loi. Je ne sais pas si les parlementaires peuvent retravailler sur un texte déjà existant, qui plus est émane de l’opposition, mais en tout cas cela pourrait constituer une bonne base de travail.
 
Le débat sur ce projet de loi ne risque-t-il pas d’être très agité au Parlement?
Nous nous attendons à ce que de nouvelles sorties très violentes et homophobes soient faites. Ça va être un moment très délicat à passer. Est-ce que cela pourrait être un mal pour un bien en montrant que l’homophobie est toujours persistante? Et qu’il faut aller plus loin.
 
Un rapport annuel sur l’homophobie a été publié en mai dernier pour faire le point sur la situation. La société française est-elle homophobe?
Il y a deux niveaux dans la population française. Une partie évolue dans le bon sens, la société dans son ensemble est beaucoup plus acceptante et tolérante envers les personnes LBGT. Les sondages montrent que les Français sont généralement favorables à environ 60% au mariage et à l’adoption pour les homosexuels. Par contre, nous recevons de plus en plus d’appels de victimes. Il reste toujours une catégorie de la population qui reste homophobe, voire qui se durcit.