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Une romance rétro signée Ozon

Mardi 14 juillet 2020 à 10h48
Catégories : EUROPE, Revue de presse

Avec «Été 85», histoire d’amour entre deux garçons en Normandie, l’éclectique réalisateur français change à nouveau de registre.
 
Le nouveau film de François Ozon, «Été 85», aurait dû être présenté en compétition sur la Croisette en mai dernier. Victime du coronavirus, il est dorénavant labellisé Cannes 2020. Après «Grâce à Dieu», remarquable fiction traitant des abus sexuels dans l’Église catholique qui lui avait valu le Grand Prix de la Berlinale 2019, le cinéaste de 52 ans change radicalement de registre.
 
C’est une constante chez cet auteur d’une quarantaine de métrages, longs et courts. Soucieux de construire une œuvre en évitant de se répéter il ne cesse de surprendre en passant du fantastique au musical, de la comédie au drame, du thriller au mélo. Ouvertement gay, aussi éclectique que prolifique, Ozon fait de la sexualité, de l’ambivalence, de la subversion des normes sociales ses thèmes privilégiés.
 
«Été 85» est adapté de «La danse du coucou» du Britannique Aidan Chambers, que le cinéaste de 52 ans avait adoré en le lisant il y a 35 ans. Il replonge dans l’année de ses 17 ans pour raconter la rencontre entre deux jeunes gens dont les destins se croisent sur une plage de Normandie. Lors d’une sortie seul en mer, Alexis, 16 ans (Félix Lefebvre), est sauvé du naufrage par David, 18 ans (Benjamin Voisin). Alexis (désormais Alex), qui se pose des questions existentielles, pense avoir trouvé l’ami de ses rêves. Il va les vivre intensément pendant six semaines. 60’480 minutes et 3’628’800 secondes qui vont le révéler à lui-même. Comme il le dit, la seule chose qui compte, c’est d’échapper à son histoire.
 
Frivolité rebelle
 
Avec la musique de The Cure, les cassettes audios, les bagarres, les chevauchées à moto, les fêtes foraines, les boîtes de nuit et un pacte délirant, le film sensuel, érotique, évoque une idylle entre deux garçons sans pourtant que l’homosexualité soit un enjeu majeur. Le problème est ailleurs. Séducteur, désinvolte, frivole, rebelle, David ne veut appartenir à personne. Il aime le changement et craint l’ennui, tandis qu’Alex, intelligent, doué pour l’écriture mais physiquement moins à l’aise, ne se rassasie pas de la présence de l’être aimé. Jusqu’à l’irruption de Kate (Philippine Velge), jeune Anglaise très décontractée au look de garçon manqué.
 
Mais si la situation peut sembler classique, banale, l’un aimant moins que l’autre et l’abandonnant par caprice, François Ozon laisse planer le suspense et le mystère dès le début, entraînant le spectateur sur de fausses pistes, contrairement à l’auteur du livre.
 
Côté comédiens, Benjamin Voisin et Félix Lefebvre sont excellents. À l’image de Valeria Bruni Tedeschi en mère de David extravertie, complice, follement possessive, inspirée de la dévorante Katherine Hepburn dans «Soudain l’été dernier» de Joseph L. Mankiewicz. Melvil Poupaud en professeur un rien équivoque et Isabelle Nanty, dévouée corps et âme à son fils Alex, complètent le casting de cette romance initiatique à l’issue dramatique.


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