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Sénégal : « si nous n'y prenons pas garde nous nous retrouverons avec l'équivalent de Boko Haram ici »

Mercredi 30 décembre 2020 à 02h22
Catégories : MONDE, Revue de presse

BILAN 2020 du Collectif Free
 
Au cours d’un ultime entretien en cette année 2020, Souleymane Diouf (pseudonyme) du Collectif Free nous livre un bilan des derniers mois écoulés au Sénégal, entre vigilance et optimisme prudent.
 
1. Quel est l’état de l’opinion publique sénégalaise, quant au traitement médiatique des questions relatives aux publics LGBTQI+, en cette fin d’année 2020 ?
 
Les gens sont toujours un peu hystériques sur les questions LGBTQI+, en raison du monopole homophobe sur ces questions, dans les medias. Cependant, l’on peut relever qu’il y a des artistes notoirement homosexuels que l’on peut voir sur le petit écran. La population s’habitue à cette visibilité petit à petit. Toutefois, bien qu’on ait été approché une fois, en règle générale, l’on ne nous invite pas sur les antennes radio, afin que l’on puisse maîtriser et surtout contrôler notre parole, comme l’y autorise la retransmission en direct et c’est fort regrettable.
 
Au-delà du Collectif Free, il nous faut penser aux générations qui arrivent, afin que la communauté LGBTI+ sénégalaise investisse l’ensemble des sphères de pouvoir et de savoir, en vue de faire évoluer les mentalités. Il nous faut des porte-paroles et des intellectuels à même de poser un débat sociétal serein et argumenté dans l’espace politique sénégalais.
 
Pendant ce temps, les homophobes préparent aussi la riposte, puisque Mame Mactar Gueye de l’ONG islamiste JAMRA a mis sur pied un Collectif Sénégalais pour la Criminalisation de l’Homosexualité (CSCH). Mame Mactar Gueye a été à l’initiative d’une pétition allant en ce sens sur la plate-forme change.org, mais heureusement, elle a été aussitôt supprimée par l’équipe de modérateurs.
 
Mame Mactar Gueye incarne une ligne dure. Néanmoins, la radicalisation ne semble pas être l’apanage de tous les homophobes, puisqu’Abdou Karim Gueye qui s’était illustré publiquement par des menaces de mort à l’encontre d’un homosexuel présumé, semble être à présent davantage sur la retenue.
 
2. Peux-tu nous résumer ton ressenti quant à l’année 2020 en quelques mots et peux-tu nous livrer les perspectives à venir pour 2021 ?
 
En 2020, entre Septembre et Décembre, ce sont trente-sept personnes LGBTI présumés qui ont fait l’objet d’arrestation voire de détention. Ce chiffre est trop élevé. Pour l’ensemble de l’année 2020, à l’échelle du pays, nous n’avons pas encore pu dresser un bilan exhaustif, tant nous avons été mobilisés, entre urgences et pressions islamistes.
 
Avec la découverte des cachots clandestins du marabout Serigne Modou Kara en novembre dernier, où étaient emprisonnés sans jugement des jeunes sommés de suivre des enseignements islamiques contre leur gré, l’on peut sans nul doute parler d’une année noire du point de vue des droits humains au Sénégal, alors que nous ne sommes toujours pas sortis de la pandémie sanitaire internationale liée à la COVID-19, bien que l’Afrique soit davantage épargnée.
 
Avec les milices, les cachots et l’enseignement du radicalisme religieux, c’est tout un système complexe de justice parallèle, impliquant des ressources financières considérables, qui est apparu au grand jour, sous les feux des projecteurs, alors que l’Etat sénégalais continue de se murer dans le silence, si ce n’est la complaisance tacite.
 
C’est tout le terreau du terrorisme, du djihadisme armé et du radicalisme islamiste qui est en train de grandir sous nos yeux. Or, si nous n’y prenons pas garde tout de suite pour stopper immédiatement cette évolution dangereuse, demain, nous nous retrouverons avec l’équivalent de Boko Haram ici au Sénégal.
 
Cependant, face à cela, nous nous organisons et 2020 a été riche en ouverture et en collaboration avec de nouveaux partenaires et de nouveaux réseaux, notamment à l’international. L’on sent un renouvellement de l’activisme LGBTI au Sénégal et tout cela est très positif pour la suite, face aux nombreux défis qui nous attendent.
 
En définivite, pour 2021, nous voulons davantage investir la société civile et le débat politique pour faire barrage au projet islamiste et nous aimerions pousser l’Etat sénégalais laïc à prendre toutes ses responsabilités en termes de sécurité et de protection à la vie privée de l’ensemble des citoyens sénégalais.
 
Les medias et organisations souhaitant s’adresser au collectif Free peuvent nous écrire à l’adresse suivante : senegalcollectiffree@gmail.com
 


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