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Prostituée trans et sans-papiers, la vie tourmentée de Jessyca, tuée dans le Bois de Boulogne

Dimanche 01 mars 2020 à 11h41
Catégories : FRANCE, Revue de presse

Elle apprenait le français et rêvait de cuisine, sa passion, pour quitter le Bois de Boulogne et sa violence: Jessyca Sarmiento, une prostituée péruvienne transgenre tuée par un automobiliste la semaine dernière, "faisait tout pour s'en sortir".
 
"Elle est morte de la pire des manières", sanglote Dina. Le 20 février, cette travailleuse du sexe transgenre de 26 ans, également Péruvienne, était arrivée "au bois" avec Jessyca, 38 ans, vers 21H00. "On passait toutes les nuits ensemble", raconte-t-elle à l'AFP.
 
Partie en voiture avec un client, elle ne verra pas son amie être percutée mortellement par un automobiliste, vers 2h30. Selon les premiers témoignages, l'acte était délibéré. Une enquête pour "homicide volontaire" a été ouverte mais, à ce jour, aucun suspect n'a été interpellé.
 
Dina et ses autres "compañeras", des Péruviennes en majorité, manifestent samedi à 16h00 entre la Porte d'Auteuil (XVIe) et les lieux du drame pour demander "Justice pour Jessyca".
 
Originaire de la province de Cañete, à une centaine de kilomètres au sud de Lima, Jessyca Sarmiento est arrivée en France en avril 2019, après plusieurs années de prostitution en Argentine. Un parcours similaire à celui de sa compatriote Vanesa Campos, tuée par balle en août 2018 dans le Bois de Boulogne.
 
"L'Europe, c'est la possibilité de sortir de la pauvreté, d'avoir une espérance de vie plus longue", explique à l'AFP le chercheur José Reyes, qui a réalisé de nombreux entretiens avec des "Europeas", ces trans sud-américaines installées sur le Vieux Continent.
 
Fille unique d'une seconde union, Jessyca "était dans une situation financière très compliquée et avait d'importants problèmes de santé", raconte sa "madre" Brenda*, 41 ans, qui l'a aidée à venir en France et l'a accueillie chez elle, à Colombes (Hauts-de-Seine).
 
"Je lui ai prêté l'argent pour le billet d'avion et elle m'a remboursée", explique cette Péruvienne qui, après deux violentes agressions au Bois de Boulogne, a choisi l'Allemagne pour se prostituer.
 
"De l'extérieur, ça ressemble à du proxénétisme, mais il s'agit plutôt de réseaux de solidarité", souligne José Reyes, ajoutant que certaines traversent l'Atlantique "grâce à leurs seules économies".
 
- "Elève moteur" -
 
Au Bois, Jessyca travaillait peu et, une fois le loyer payé, envoyait le solde de son maigre butin à son demi-frère, dont la fille est également transgenre. "Elle avait peur qu'elle décroche de l'école, sorte de la maison et se prostitue comme elle", explique Brenda.
 
"Aider la famille permet d'y regagner une place, parfois perdue après avoir assumé sa transidentité, ça les rend fières", rapporte M. Reyes.
 
Mais la prostitution n'était qu'un pis-aller pour Jessyca, qui rêvait de devenir cuisinière. "Elle vendait au Bois et à la maison les plats qu'elle préparait", dit Brenda.
 
Pour son projet, elle était aidée de l'association de défense des personnes trans Acceptess-T, où elle préparait son recours contre l'obligation de quitter le territoire française (OQTF) qui lui avait été notifiée en août 2019, était suivie par un psychologue et prenait des cours de français.
 
"Elle était très discrète mais très volontaire. C'était une élève moteur qui avait fait des progrès incroyables en quelques semaines", témoigne son professeur Rémi Vibert.
 
"Quand elles arrivent à la quarantaine, que des filles plus jeunes arrivent, que les revenus diminuent, c'est là que commence une réflexion pour une reconversion", constate M.Reyes.
 
"Je lui ai dit d'apprendre le français pour qu'elle se débrouille autrement, je ne voulais plus qu'elle travaille au Bois, je savais qu'elle était en danger", affirme sa colocataire.
 
La pénalisation des clients depuis 2016 est responsable selon plusieurs associations, dont Acceptess-T, de l'augmentation des violences contre les travailleuses du sexe contraintes d'exercer dans des coins reculés à l'abri des contrôles de police.
 
L'Inter-LGBT et le Syndicat du travail sexuel (Strass) estiment à une dizaine le nombre de travailleuses du sexe tuées en France sur les six derniers mois.
 
Giovanna Rincon, directrice générale d'Acceptess-T, enrage: "Jessyca faisait tout pour s'en sortir et tous ses rêves se sont arrêtés là".


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