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 d’ADHEOS

Toujours en déficit, le magazine voudrait s’adosser à un groupe de presse solide.
 
« Magazine gay, 20 ans, avec site Web et appli de rencontres en devenir, cherche groupe média solide sur lequel s’appuyer ». « Têtu » a été placé lundi en redressement judiciaire, pour quatre mois, à la demande de Jean-Jacques Augier, qui en est depuis deux ans le propriétaire. « J’y ai fait le chemin que je pouvais faire, explique l’homme d’affaires aux « Echos ». Je veux donner une chance à “Têtu” de survivre en s’adossant à un groupe. On a du mal à imaginer le paysage sans lui : en France, c’est le seul mass media de la communauté gay. »
 
Toujours en perte
 
Ce magazine, Jean-Jacques Augier l’avait repris en 2013, lorsque Pierre Bergé lui cède la CPPD, la société éditrice, pour un euro symbolique. Et assez pour « financer une restructuration ». A l’époque, c’est malgré tout un vrai pari pour le trésorier de la campagne présidentielle de François Hollande : Yves Saint Laurent puis Pierre Bergé avaient pris l’habitude d’éponger les pertes – entre 2 et 2,5 millions d’euros chaque année, rappelle Jean-Jacques Augier. Ce dernier se donne alors trois ans pour sortir de ce mécénat et transformer « Têtu » en « un vrai magazine, à l’équilibre ».
 
Il n’y est pas parvenu. Après 1,1 million d’euros de pertes en 2014, le titre devrait rester dans le rouge en 2015, à un peu plus d’un demi-million de l’équilibre. Pourtant, cette affaire ne « saurait être mieux gérée », avec dix salariés seulement et des coûts fixes qui ont fondu de 40 % par rapport à la période Bergé, assure Jean-Jacques Augier, qui a employé les grands moyens dès son arrivée. La rédaction avait vu ses charges salariales divisées par deux en un an…
 
Plus la place pour les petits
 
« La restructuration fut assez forte, concède celui qui fut aussi (entre autres) l’ancien dirigeant des Taxis G7. Nous avons déménagé, tout raboté ». Et changé de ligne éditoriale : après la tonalité « mode » et les « unes » aguichantes, place aux articles « culture et art de vivre » et aux « couv’ » plus sages. Au départ, les lecteurs ont été un peu perdus, et les abonnements ont flanché. Mais aujourd’hui, ils ont retrouvé leur niveau initial (9.000 abonnés), et sont en progression. Côté numérique, le site Tetu.com (450.000 visiteurs uniques par mois) s’est adjoint une application mobile de rencontres il y a un mois, qui affiche déjà plus de 10.000 utilisateurs.
 
« Le site est plus qu’à l’équilibre », souffle Jean-Jacques Augier. Mais, selon lui, un magazine comme « Têtu » ne peut survivre en dehors d’un grand groupe. « Un petit acteur ne peut résister seul face au réseau de distribution qui s’étiole et aux agences médias qui négocient sans cesse les prix et allongent les délais de paiement », s’inquiète-t-il, déplorant « la grande différence de traitement » entre les supports appartenant à un groupe et les petits magazines indépendants, « amenés à rencontrer de grandes difficultés ».
 
Acheteurs ailleurs
 
N’ayant pas la capacité, « comme M. Patrick Drahi », de monter un groupe ayant au moins 500 millions de chiffre d’affaires, le seuil critique à ses yeux, Jean-Jacques Augier est allé à la rencontre d’éventuels acheteurs ces dernières semaines. Il avoue avoir été « très bien reçu », mais un peu déçu : « Nous ne sommes pas arrivés au bon moment, ils sont lancés dans les grandes manœuvres… ». Ils ont quatre mois pour trouver le temps de penser à « Têtu ».