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 d’ADHEOS

Les deux hommes, victimes d’un lynchage, ont été mis en prison pour homosexualité et l’un condamné à 4 mois de prison. Un seul agresseur a pour l’heure été condamné. A un mois de réclusion.
Vendredi 25 mars, quand la vidéo d’une agression sauvage contre deux hommes accusés par leurs bourreaux d’être homosexuels circule sur les réseaux sociaux, les défenseurs des droits de l’homme montent rapidement au créneau. Après plusieurs agressions au Maroc ces derniers mois, cette nouvelle affaire scandalise. Mais les jours suivants vont révéler une réalité encore plus insoutenable.
 
L’affaire remonte au 9 mars. Selon la section locale de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH), un groupe de personnes s’introduit ce jour-là illégalement dans une chambre, qui jouxte une épicerie d’un quartier populaire de Beni Mellal, dans le centre du pays. C’est là que les membres de cette expédition punitive passent à tabac Abdelaziz R. et Abdellah B.. Ils filment leur agression avec un téléphone portable, cherchant sans doute à humilier un peu plus les deux jeunes hommes, exposés nus à l’objectif de l’appareil.
 
Les images, qui ne seront diffusées que le 25 mars, sont d’une violence insupportable. L’un des deux hommes a le visage en sang, tous les deux sont frappés à coups de poing, de chaussure. Ils sont visiblement effrayés, insultés, dégradés par leurs agresseurs qui les jetteront, toujours nus, dans la rue.

L’homosexualité condamnée
 
Mais l’affaire n’en reste pas là. L’un des jeunes agressés a besoin de soins et se rend à l’hôpital, pensant y trouver de l’aide. Quoique blessé, il est alors arrêté par la police pour "état d’ivresse". La consommation d’alcool est en effet interdite au Maroc, réservée légalement aux non-musulmans. En garde à vue, il dénonce alors ses agresseurs, tente d’expliquer la situation de souffrance dans laquelle il se trouve. Mais sans en prendre conscience, il va aggraver son cas. L’homosexualité est en effet interdite dans le pays, et selon l’article 489 du code pénal, punie d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison ferme.
 
Il est donc inculpé non seulement pour homosexualité, mais aussi pour "coups et blessures", la légitime défense n’ayant pas été prise en compte. Trois jours plus tard, le 12 mars, il sera condamné à quatre mois de prison ferme.
 
En face, quatre des agresseurs présumés sont identifiés et finalement placés en détention. L’un d’entre eux est condamné. Mais à une peine d’un mois de prison seulement.
 
L’affaire insupportable qui éclabousse la petite ville de Beni Mellal n’est malheureusement pas un cas isolé au Royaume chérifien, où les agressions homophobes se multiplient depuis quelques mois. Mais par son exceptionnelle violence et par l’injustice qu’elle véhicule, elle vient porter au jour la très grande haine dont sont victimes les homosexuels marocains.
 
Abrogation de l’article 489
 
"Voilà la situation dans notre pays", se scandalise Betty Lachgar, cofondatrice du Mouvement alternatif pour les libertés au Maroc (Mali).
 
"Vous êtes agressé et jeté en prison. Pire, vos agresseurs s’en sortent presque sans rien. Cette violence est légitimée par l’Etat", dénonce la militante, dont l’association réclame l’abrogation de l’article 489 du code pénal. Mali est d’ailleurs signataire de l’appel lancé par 15 associations de défense des droits de l’homme et qui demande "la libération des deux victimes" et "l’ouverture d’une enquête pour pénaliser les agresseurs".