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 d’ADHEOS

Depuis quelques jours, un trimestriel est disponible en ligne à l’attention de la communauté LGBT. Un acte peu anodin dans un pays où l’homosexualité est un délit.
En arabe, "shad" signifie "anormal". C’est également une insulte régulièrement utilisée en Algérie pour désigner les homosexuels. Depuis quelques jours, il s’agit aussi du nom du premier magazine qui s’adresse à la communauté LGBT du pays. Comme un pied de nez aux autorités qui considèrent toujours l’homosexualité comme un délit, réprimé d’une peine d’emprisonnement et d’une forte amende.
 
"Nous avons choisi ce nom car nous revendiquons cette anormalité, au même titre que tout le monde est anormal", a expliqué au site Algérie-Focus un fondateur de cette nouvelle revue trimestrielle. Avant de préciser : "Nous voulions justement nous réapproprier ce terme dans le but de montrer aux lecteurs que ‘l’anormalité’ est normale et que la différence est une richesse."
 
"Le coming-out est difficile à assumer en Algérie"
 
Pour son premier numéro, El Shad est disponible uniquement sur Internet. À l’abri des regards d’une société où assumer sa sexualité relève du parcours de combattant. Pour preuve, le concept de la première gay pride algérienne : créée par l’association Abu Nawas en 2007, celle-ci consiste à allumer une bougie chaque 10 octobre à 20 heures et poster une photo sur Facebook. Pas plus.
 
"En règle générale, vous pouvez faire ce que vous voulez chez vous ou dans des espaces privatisés. Mais dans l’espace public, cela est très pénalisé", assure Mathieu Guidère, islamologue et auteur de Sexe et charia*. D’autant qu’au-delà d’une loi stricte mais difficile à appliquer, le simple fait de s’afficher peut coûter cher en Algérie. "Si un homosexuel se fait attraper dans la rue, il peut être lynché", souligne Mathieu Guidère.
 
Malgré le poids des mentalités et de la législation, l’expert prédit toutefois un retournement de situation : "La reconnaissance légale des droits sera probablement faite dans les années à venir." En attendant, l’équipe d’El Shad planche sur son prochain numéro. Celui-ci sera bilingue français/arabe pour "toucher un public plus large", assurent ses fondateurs.