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Face à l'avancée des droits des gays, l'Eglise ne sait plus quoi dire

Mardi 27 juillet 2010 à 00h00
Catégories : EUROPE, FRANCE, MONDE, Revue de presse

 Alors que des fiefs catholiques comme le Portugal ou l'Argentine viennent d'autoriser le mariage pour les homos, des spécialistes du Vatican analysent la perte d'influence politique de l'Eglise. Principale cause selon eux: un discours inadapté face aux évolutions de la société
 
Le discours de l'Eglise est-il has been? «Inadapté» préfèrent dire les vaticanistes et historiens, qui constatent la nouvelle défaite de l'Eglise dans les fiefs catholiques que sont le Portugal et l'Argentine, où le mariage est désormais ouvert aux couples homos. «Depuis longtemps, l'Eglise perd des points dans ces pays qui lui étaient très liés et il y a une prise de distance progressive des gouvernements», observe ainsi le vaticaniste Bruno Bartoloni.
 
 
Le Portugal et l'Argentine, dont respectivement 88% et 91% des habitants se déclarent catholiques, viennent d'ouvrir le mariage aux couples de même sexe. Les homos argentins pourront même adopter. Au même moment, l'Espagne, autre terre traditionnellement catholique, vient de faciliter l'avortement.
 
«Processus de sécularisation»
Sandro Magister, vaticaniste, y voit un signe de «globalisation», avec «une assimilation des systèmes politiques européens y compris en Amérique Latine», l'Argentine étant «la pointe la plus avancée de ce phénomène qui touche aussi l'Uruguay, le Brésil, le Chili et le Mexique».
 
Pour l'historien Alberto Melloni, la nouveauté est que ces évolutions concernent désormais des choix privés car il existe «depuis la Révolution française, un processus de sécularisation qui entraîne une émancipation des lois civiles des canons moraux de l'Eglise». «A chaque fois (mariage civil, école publique...), cela a été analysé comme une perte d'influence de l'Eglise vu du dehors et comme une grande catastrophe vu de l'intérieur de l'Eglise», relève-t-il.
 
«La crise d'autorité de l'Eglise catholique ne dépend pas de ses succès ou non à imposer ses codes moraux ou ses convictions religieuses aux Etats», remarque cependant un autre historien, Giancarlo Zizola.
 
«L'Eglise perd le contact avec les nouvelles générations»
Le nombre de catholiques dans le monde ne fait d'ailleurs pas apparaître de perte d'influence puisque, selon les chiffres du Vatican, les baptisés ont augmenté de 11,55% entre 2000 à 2008, passant de 1,045 à 1,165 milliard et de 17,28% à 17,40% de la population.
 
Mais, relèvent ces experts, le problème de l'Eglise aujourd'hui est qu'elle est «en retard pour prendre en compte l'évolution de la société», selon le Pr Zizola. «Elle perd le contact avec les nouvelles générations», déplore le Pr Melloni, notant que «pour la première fois depuis 700 ans, les jeunes n'ont pas l'espoir d'avoir une vie meilleure que celle de leurs parents et l'Eglise se comporte comme si elle n'avait rien à dire sur ce sujet».
 
Pour le Pr Zizola, l'Eglise doit «repenser son discours moral face aux jeunes d'aujourd'hui car elle a créé une morale de règlements plutôt policiers, faisant de la sexualité un cauchemar». «Le désastre est évident», note-t-il. Selon lui, dans le nord de l'Italie, les prêtres n'évoquent même plus ces règles morales devenues «complètement inefficaces». «Dans certains domaines, l'Eglise prêche des attitudes dépassées», renchérit Bruno Bartoloni, pour qui «le veto» de l'Eglise sur le divorce est jugé «incompréhensible».
 
«Grande réforme»
Et pour eux, le discours de l'Eglise est également inadapté face aux scandales de pédophilie qui la secouent depuis des mois. On se souvient des amalgames entre pédophilie et homosexualité proférés à la va-vite par certaines éminences du Vatican (lire  article). Le pape «a donné le message que la sévérité est la manière de régler le problème» mais ce principe est «sans fin» car «il ne sera jamais assez dur pour l'opinion publique qui demande de brûler les coupables» et «cela entraîne une perte d'autorité de l'Eglise», relève le Pr Melloni.
 
Pour son confrère Zizola, si le pape «a été extraordinaire» et «a pris les rênes de la curie pour l'empêcher de continuer sa politique traditionnelle d'omerta et d'hypocrisie», il reste encore à faire une «grande réforme» de la curie afin de déléguer plus de pouvoir aux évêques dans leurs pays respectifs.


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